(V)
Première journée
On se leva le premier de novembre à dix heures du matin, ainsi qu'il
était prescrit par les règlements, dont on s'était
mutuellement juré de ne s'écarter en rien. Les quatre fouteurs
qui n'avaient point partagé la couche des amis leur amenèrent
à leur lever Zéphire chez le duc, Adonis chez Curval, Narcisse
chez Durcet, et Zélamir chez l'évêque. Tous quatre
étaient bien timides, encore bien empruntés, mais,
encouragés par leur guide, ils remplirent fort bien leur devoir, et le
duc déchargea. Les trois autres, plus réservés et moins
prodigues de leur foutre, en firent pénétrer autant que lui, mais
sans y rien mettre du leur. On passa à onze heures dans l'appartement
des femmes, où les huit jeunes sultanes parurent nues et servirent le
chocolat ainsi. Marie et Louison, qui présidaient à ce
sérail, les aidaient et les dirigeaient. On mania, on baisa beaucoup, et
les huit pauvres petites malheureuses, victimes de la plus insigne
lubricité, rougissaient, se cachaient avec leurs mains, essayaient de
défendre leurs charmes, et montraient aussitôt tout, dès
qu'elles voyaient que leurs pudeurs irritaient et fâchaient leurs
maîtres. Le duc, qui rebanda fort vite, mesura le pourtour de son engin
à la taille mince et légère de Michette, et il n'y eut que
trois pouces de différence. Durcet, qui était de mois, fit les
examens et les visites prescrites. Hébé et Colombe se
trouvèrent en faute, et leur punition fut prescrite et assignée
sur-le-champ pour le samedi prochain à l'heure des orgies. Elles
pleurèrent, mais n'attendrirent pas. On passa de là chez les
garçons. Les quatre qui n'avaient point paru le matin, savoir Cupidon,
Céladon, Hyacinthe et Giton, se déculottèrent suivant
l'ordre, et on s'amusa un instant du coup d'oeil. Curval les baisa tous les
quatre sur la bouche et l'évêque leur branla le vit un moment,
pendant que le duc et Durcet faisaient autre chose. Les visites se firent,
personne n'était en faute. A une heure, les amis se
transportèrent à la chapelle, où l'on sait qu'était
établi le cabinet des garde-robes. Les besoins que l'on prévoyait
avoir le soir ayant fait refuser beaucoup de permissions il ne parut que
Constance, la Duclos, Augustine, Sophie, Zélamir, Cupidon et Louison.
Tout le reste avait demandé, et on leur avait enjoint de se
réserver pour le soir. Nos quatre amis, postés autour du
même siège consacré à ce dessein, firent placer sur
ce siège ces sept sujets l'un après l'autre et se
retirèrent après s'être rassasiés du spectacle. Ils
descendirent au salon où, pendant que les femmes dînaient, ils
jasèrent entre eux jusqu'au moment où on les servit. Les quatre
amis se placèrent chacun entre deux fouteurs, suivant la règle
qu'ils s'étaient imposée de n'admettre jamais de femmes à
leur table, et les quatre épouses nues, aidées de vieilles
vêtues en soeurs grises, servirent le plus magnifique repas et le plus
succulent qu'il fût possible de faire. Rien de plus délicat et de
plus habile que les cuisinières qu'ils avaient emmenées, et elles
étaient si bien payées et si bien fournies que tout ne pouvait
aller qu'à merveille. Ce repas devant être moins fort que le
souper, on se contenta de quatre services superbes, chacun composé de
douze plats. Le vin de Bourgogne parut avec les hors-d'oeuvre, on servit le
bordeaux aux entrées, le champagne aux rôtis, l'hermitage à
l'entremets, le tokay et le madère au dessert. Peu à peu les
têtes s'échauffèrent. Les fouteurs, auxquels on avait en ce
moment-là accordé tous les droits sur les épouses, les
maltraitèrent un peu. Constance fut même un peu poussée, un
peu battue, pour n'avoir pas apporté sur-le-champ une assiette à
Hercule, lequel, se voyant très avant dans les bonnes grâces du
duc, crut pouvoir pousser l'insolence au point de battre et molester sa femme,
dont celui-ci ne fit que rire. Curval, très gris au dessert, jeta une
assiette au visage de sa femme, qui lui aurait fendu la tête si celle-ci
ne l'eût esquichée. Durcet, voyant un de ses voisins bander, ne
fit pas d'autre cérémonie, quoique à table, que de
déboutonner sa culotte et de présenter son cul. Le voisin
l'enfila et, l'opération faite, on se remit à boire comme si de
rien n'était. Le duc imita bientôt avec Bande-au-ciel la petite
infamie de son ancien ami et il paria, quoique le vit fût énorme,
d'avaler trois bouteilles de vin de sens froid pendant qu'on l'enculerait.
Quelle habitude, quel calme, quel sens froid dans le libertinage! Il gagna sa
gageure, et comme il ne les buvait pas à jeun, que ces trois bouteilles
tombaient sur plus de quinze autres, il se releva de là un peu
étourdi. Le premier objet qui se présenta à lui fut sa
femme, pleurant des mauvais traitements d'Hercule, et cette vue l'anima
à tel point qu'il se porta sur-le-champ à des excès avec
elle qu'il nous est encore impossible de dire. Le lecteur, qui voit comme nous
sommes gênés dans ces commencements-ci pour mettre de l'ordre dans
nos matières nous pardonnera de lui laisser encore bien des petits
détails sous le voile. Enfin on passa dans le salon, où de
nouveaux plaisirs et de nouvelles voluptés attendaient nos champions.
Là, le café et les liqueurs leur furent présentés
par un quadrille charmant: il était composé en beaux jeunes
garçons d'Adonis et d'Hyacinthe, et en filles de Zelmire et Fanny.
Thérèse, une des duègnes, les dirigeait, car il
était de règle que partout où deux ou mois enfants se
trouvaient réunis, une duègne devait les conduire. Nos quatre
libertins, à moitié ivres, mais résolus pourtant
d'observer leurs lois, se contentèrent de baisers, d'attouchements, mais
que leur tête libertine sut assaisonner de tous les raffinements de la
débauche et de la lubricité. On crut un moment que
l'évêque allait perdre du foutre à des choses très
extraordinaires qu'il exigeait de Hyacinthe, pendant que Zelmire le branlait.
Déjà ses nerfs tressaillaient et sa crise de spasme s'emparait de
tout son physique, mais il se contint, rejeta loin de lui les objets tentateur
prêts à triompher de ses sens et, sachant qu'il y avait encore de
la besogne à faire, se réserva au moins pour la fin de la
journée. 0n but de six différentes sortes de liqueurs et de trois
espèces de cafés, et l'heure sonnant enfin, les deux couples se
retirèrent pour aller s'habiller. Nos amis firent un quart de
méridienne, et on passa dans le salon du trône. Tel était
le nom donné à l'appartement destiné aux narrations. Les
amis se placèrent sur leurs canapés, le duc ayant à ses
pieds son cher Hercule, auprès de lui nue, Adélaïde, femme
de Durcet et fille du président, et pour quadrille en face de lui,
répondant à sa niche par des guirlandes, ainsi qu'il a
été expliqué, Zéphyr, Giton, Augustine et Sophie
dans un costume de bergerie, présidés par Louison en vieille
paysanne jouant le rôle de leur mère. Curval avait à ses
pieds Bande-au-ciel, sur son canapé Constance, femme du duc et fille de
Durcet, et pour quadrille quatre jeunes Espagnols, chaque sexe vêtu dans
son costume et le plus élégamment possible, savoir: Adonis,
Céladon, Fanny et Zelmire, présidés par Fanchon en
duègne. L'évêque avait à ses pieds Antinoüs, sa
nièce Julie sur son canapé et quatre sauvages presque nus pour
quadrille: c'étaient, en garçons, Cupidon et Narcisse, et, en
filles, Hébé et Rosette, présidés par une vieille
amazone jouée par Thérèse. Durcet avait Brise-cul pour
fouteur, près de lui Aline, fille de l'évêque, et en face
quatre petites sultanes, ici les garçons étant habillés
comme les filles et cet ajustement relevant au dernier degré les figures
enchanteresses de Zélamir, Hyacinthe, Colombe et Michette. Une vieille
esclave arabe, représentée par Marie, conduisait ce quadrille.
Les trois historiennes, magnifiquement vêtues à la manière
des filles du bon ton de Paris, s'assirent au bas du trône, sur un banc
placé là à dessein, et Mme Duclos, narratrice du mois, en
déshabillé très léger et très
élégant, beaucoup de rouge et de diamants, s'étant
placée sur son estrade, commença ainsi l'histoire des
événements de sa vie, dans laquelle elle devait faire entrer dans
le détail les cent cinquante premières passions,
désignées sous le nom de passions simples:
"Ce n'est pas une petite affaire, messieurs, que de s'énoncer devant un
cercle comme le vôtre. Accoutumés à tout ce que les lettres
produisent de plus fin et de plus délicat, comment pourrez-vous
supporter le récit informe et grossier d'une malheureuse créature
comme moi, qui n'ai jamais reçu d'autre éducation que celle que
le libertinage m'a donnée. Mais votre indulgence me rassure; vous
n'exigez que du naturel et de la vérité, et à ce titre
sans doute j'oserai prétendre à vos éloges. Ma mère
avait vingt-cinq ans quand elle me mit au monde, et j'étais son second
enfant; le premier était une fille plus âgée que moi de six
ans. Sa naissance n'était pas illustre. Elle était orpheline de
père et de mère; elle l'avait été fort jeune, et
comme ses parents demeuraient auprès des Récollets, à
Paris, quand elle se vit abandonnée et sans aucune ressource, elle
obtint de ces bons Pères la permission de venir demander l'aumône
dans leur église. Mais, comme elle avait un peu de jeunesse et de
fraîcheur, elle leur donna bientôt dans la vue et, petit à
petit, de l'église elle monta dans les chambres, dont elle descendit
bientôt grosse. C'était à de pareilles aventures que ma
soeur devait le jour, et il est plus que vraisemblable que ma naissance n'a pas
d'autre origine. Cependant les bons Pères, contents de la
docilité de ma mère et voyant combien elle fructifiait pour la
communauté, la récompensèrent de ses travaux en lui
accordant le loyer des chaises de leur église; poste que ma mère
n'eut pas plus tôt que, par la permission de ses supérieurs, elle
épousa un porteur d'eau de la maison qui nous adopta sur-le-champ, ma
soeur et moi, sans la plus légère répugnance. Née
dans l'église, j'habitais pour ainsi dire bien plutôt plus
l'église que notre maison. J'aidais ma mère à arranger les
chaises, je secondais les sacristains dans leurs différentes
opérations, j'aurais servi la messe s'il l'eût fallu, en cas de
besoin, quoique je n'eusse encore atteint que ma cinquième année.
Un jour que je revenais de mes saintes occupations, ma soeur me demanda si je
n'avais pas encore rencontré le Père Laurent. "Non, lui dis-je.
-Eh bien, me dit-elle, il te guette, je le sais; il veut te faire voir ce qu'il
m'a montré. Ne te sauve pas, regarde-le bien sans t'effrayer; il ne te
touchera pas, mais il te fera voir quelque chose de bien drôle, et si tu
te laisses faire, il te récompensera bien. Nous sommes plus de quinze,
ici dans les environs, à qui il en a fait voir autant. C'est tout son
plaisir et il nous a donné à toutes quelque présent." Vous
imaginez bien, messieurs, qu'il n'en fallut pas davantage non seulement pour ne
pas fuir le Père Laurent, mais même pour le rechercher. La pudeur
parle bien bas à l'âge que j'avais, et son silence, au sortir des
mains de la nature, n'est-il pas une preuve certaine que ce sentiment factice
tient bien moins à cette première mère qu'à
l'éducation Je volai sur-le-champ à l'église et, comme je
traversais une petite cour qui se trouvait entre l'entrée de
l'église du côté du couvent et le couvent, je rencontrai
nez à nez le Père Laurent. C'était un religieux d'environ
quarante ans, d'une très belle physionomie. Il m'arrête: "Où
vas-tu, Françon? me dit-il. - Arranger des chaises, mon Père.
-Bon, bon, ta mère les arrangera. Viens, viens dans ce cabinet, me
dit-il en m'attirant dans un réduit qui se trouvait là, je te
ferai voir quelque chose que tu n'a jamais vu." Je le suis, il ferme la porte
sur nous, et m'ayant postée bien en face de lui: "Tiens, Françon
me dit-il, en sortant un vit monstrueux de sa culotte, dont je pensai tomber
à la renverse d'effroi, tiens, mon enfant, continuait-il en se branlant,
as-tu jamais rien vu de pareil à cela... C'est ce qu'on appelle un vit,
ma petite, oui, un vit... Cela sert à foutre, et ce que tu vas voir, qui
va couler tout à l'heure, c'est la semence avec quoi tu es faite. Je
l'ai fait voir à ta soeur, je le fais voir à toutes les petites
filles de ton âge; amène-m'en, amène-m'en, fais comme ta
soeur qui m'en a fait connaître plus de vingt... Je leur montrerai mon
vit et je leur ferai sauter le foutre à la figure... C'est ma passion,
mon enfant, je n'en ai point d'autre... et tu vas le voir. Et en même
temps je me sentis toute couverte d'une rosée blanche qui me tacha toute
et dont quelques gouttes avaient sauté jusque dans mes yeux parce que ma
petite tête se trouvait à la hauteur juste des boutons de sa
culotte. Cependant Laurent gesticulait. "Ah! le beau foutre... le beau foutre
que je perds, s'écriait-il; comme t'en voilà couverte! Et se
calmant peu à peu, il remit tranquillement son outil à sa place
et décampa en me glissant douze sols dans la main et me recommandant de
lui amener de mes petites camarades. Je n'eus rien de plus pressé, comme
vous l'imaginez aisément, que d'aller tout conter à ma soeur, qui
m'essuya partout avec le plus grand soin pour que rien ne parût et qui,
pour m'avoir procuré cette petite bonne fortune, ne manqua pas de me
demander la moitié de mon gain. Cet exemple m'ayant instruite, je ne
manquai pas, dans l'espoir d'un pareil partage, de chercher le plus de petites
filles que je pus au Père Laurent. Mais lui en ayant amené une
qu'il connaissait déjà, il la refusa, et me donnant trois sols
pour m'encourager: "Je ne les vois jamais deux fois. mon enfant, me dit-il,
amène-m'en que je ne connaisse pas et jamais de celles qui te diront
avoir déjà eu affaire à moi." Je m'y pris mieux: en trois
mois, je fis connaître plus de vingt filles nouvelles au Père
Laurent, avec lesquelles il employa, pour son plaisir, absolument les
mêmes procédés que ceux qu'il avait eus avec moi. Avec la
clause de les lui choisir inconnues, j'observai encore celle qu'il m'avait
infiniment recommandée, relativement à l'âge: il ne fallait
pas que cela fût au-dessous de quatre ans, ni au-dessus de sept. Et ma
petite fortune allait le mieux du monde, lorsque ma soeur, s'apercevant que
j'allais sur ses brisées, me menaça de tout dire à ma
mère si je ne cessais ce joli commerce, et je laissai là le
Père Laurent.
"Cependant, mes fonctions me conduisant toujours dans les environs du couvent,
le même jour où je venais d'atteindre ma septième
année, je fis rencontre d'un nouvel amant dont la manie, quoique bien
enfantine, devenait pourtant un peu plus sérieuse. Celui-ci s'appelait
le Père Louis; il était plus vieux que Laurent et avait dans le
maintien je ne sais quoi de bien plus libertin. Il me raccrocha à la
porte de l'église comme j'y entrais et m'engagea à monter dans sa
chambre. D'abord je fis quelques difficultés, mais m'ayant assuré
que ma soeur, il y avait trois ans, y était bien montée aussi et
que, tous les jours, il y recevait des petites filles de mon âge, je le
suivis. A peine fûmes-nous dans sa cellule qu'il la referma exactement,
et versant du sirop dans un gobelet, il m'en fit avaler tout de suite trois
grands verres à la fois. Ce préparatif exécuté, le
révérend, plus caressant que son confrère, se mit à
me baiser, et tout en badinant, il délia mon jupon et, relevant ma
chemise sous mon corset, malgré mes petites défenses, il s'empara
de toutes les parties de devant qu'il venait de mettre à
découvert, et après les avoir bien maniées et
considérées, il me demanda si je n'avais pas envie de pisser.
Singulièrement excitée à ce besoin par la forte dose de
boisson qu'il venait de me faire avaler, je l'assurai que ce besoin
était en moi aussi considérable qu'il pouvait l'être, mais
que je ne voulais pas faire ça devant lui. "Oh! parbleu si, petite
friponne, ajouta le paillard, oh! parbleu si, vous le ferez devant moi, et qui
pis est, sur moi. Tenez, me dit-il, en me sortant son vit de sa culotte,
voilà l'outil que vous allez inonder; il faut pisser là-dessus."
Alors me prenant et me posant sur deux chaises, une jambe sur l'une, une jambe
sur l'autre, il m'écarte le plus qu'il put, puis me dit de m'accroupir.
Me tenant en cette attitude, il plaça un vase sous moi, s'établit
sur un petit tabouret à hauteur du vase, son engin à la main,
bien positivement sous mon con. Une de ses mains soutenait mes hanches, de
l'autre il se branlait, et ma bouche, par l'attitude, se trouvant
parallèle à la sienne, il la baisait. "Allons, ma petite, pisse,
me dit-il, à présent inonde mon vit de cette liqueur
enchanteresse dont l'écoulement chaud a tant d'empire sur mes sens.
Pisse, mon coeur, pisse et tâche d'inonder mon foutre." Louis s'animait,
il s'excitait, il était facile de voir que cette opération
singulière était celle qui flattait le mieux tous ses sens. La
plus douce extase vint le couronner au moment même où les eaux
dont il m'avait gonflé l'estomac s'écoulaient avec le plus
d'abondance, et nous remplîmes tous deux à la fois le même
vase, lui de foutre et moi d'urine. L'opération finie, Louis me tint
à peu près le même discours que Laurent; il voulut faire
une maquerelle de sa petite putain, et pour cette fois, m'embarrassant fort peu
des menaces de ma soeur, je procurai hardiment à Louis tout ce que je
connaissais d'enfants. Il fit faire la même chose à toutes, et
comme il les revoyait fort bien deux ou trois fois sans répugnance et
qu'il me payait toujours à part, indépendamment de ce que je
retirais de mes petites camarades, avant six mois je me vis une petite somme
dont je jouis tout à mon aise avec la seule précaution de me
cacher de ma soeur."
"Duclos, interrompit ici le président, ne vous a-t-on pas
prévenue qu'il faut à vos récits les détails les
plus grands et les plus étendus, que nous ne pouvons juger ce que la
passion que vous contez a de relative aux moeurs et au caractère de
l'homme, qu'autant que vous ne déguisez aucune circonstance? que les
moindres circonstances servent d'ailleurs infiniment à ce que nous
attendons de vos récits pour l'irritation de nos sens? -Oui,
monseigneur, dit la Duclos, j'ai été prévenue de ne
négliger aucun détail et d'entrer dans les moindres minuties
toutes les fois qu'elles servaient à jeter du jour sur les
caractères ou sur le genre. Ai-je commis quelque omission dans ce
goût-là? -Oui, dit le président, je n'ai nulle idée
du vit de votre second récollet, et nulle idée de sa
décharge. D'ailleurs, vous branla-t-il le con et y fit-il toucher son
vit? Vous voyez, que de détails négligés! -Pardon, dit la
Duclos, je vais réparer mes fautes actuelles et m'observer sur l'avenir.
Le Père Louis avait un membre très ordinaire, plus long que gros
et en général d'une tournure très commune. Je me souviens
même qu'il bandait assez mal et qu'il ne prit un peu de consistance
qu'à l'instant de la crise. Il ne me branla point le con, il se contenta
de l'élargir le plus qu'il put avec ses doigts pour que l'urine
coulât mieux. Il en approcha son vit très près deux ou
trois fois et sa décharge fut serrée, courte, et sans autres
propos égarés de sa part que: "Ah! foutre, pisse donc, mon
enfant, pisse donc; la belle fontaine, pisse donc, pisse donc, ne vois-tu pas
que je décharge?" Et il entremêlait tout cela de baisers sur ma
bouche qui n'avaient rien de trop libertin. -C'est cela, Duclos, dit Durcet, le
Président avait raison; je ne pouvais me rien figurer au premier
récit, et je conçois votre homme à présent. -Un
moment, Duclos, dit l'évêque, en voyant qu'elle allait reprendre,
j'ai pour mon compte un besoin un peu plus vif que celui de pisser; ça
me tient depuis tantôt et je sens qu'il faut que ça parte." Et en
même temps, il attira à lui Narcisse. Le feu sortait des yeux du
prélat, son vit était collé contre son ventre, il
écumait, c'était un foutre contenu qui voulait absolument
s'échapper et qui ne le pouvait que par des moyens violents. Il
entraîna sa nièce et le petit garçon dans le cabinet. Tout
s'arrêta: une décharge était regardée comme quelque
chose de trop important pour que tout ne se suspendît pas, au moment
où l'on y voulait procéder, et que tout ne concourût pas
à la faire délicieusement. Mais la nature, cette fois-ci, ne
répondit pas aux voeux du prélat, et quelques minutes
après qu'il se fut enfermé dans le cabinet, il en sortit furieux,
dans le même état d'érection, et s'adressant à
Durcet, qui était de mois: "Tu me camperas ce petit
drôle-là en punition pour samedi, lui dit-il, en rejetant
violemment l'enfant loin de lui, et qu'elle soit sévère, je t'en
prie." On vit bien alors que le jeune garçon, sans doute, n'avait pas pu
le satisfaire, et Julie fut conter le fait tout bas à son père.
"Eh, parbleu, prends-en un autre, lui dit le duc, choisis dans nos quadrilles,
si le tien ne te satisfait pas. -Oh! ma satisfaction pour le moment serait
très éloignée de ce que je désirais tout à
l'heure, dit le prélat. Vous savez où nous conduit un
désir trompé. J'aime mieux me contenir, mais qu'on ne
ménage pas ce petit drôle-là, continua-t-il, voilà
tout ce que je recommande. -Oh! je te réponds qu'il sera tancé,
dit Durcet. Il est bon que le premier pris donne l'exemple aux autres. Je suis
fâché de te voir dans cet état-là; essaye autre
chose, fais-toi foutre. -Monseigneur, dit la Martaine, je me sens très
en disposition de vous satisfaire, et si votre Grandeur voulait... -Eh! non,
non, parbleu, dit l'évêque; ne savez-vous donc pas qu'il y a tout
plein d'occasions où l'on ne veut pas d'un cul de femme? J'attendrai,
j'attendrai... Que Duclos continue; ça partira ce soir; il faudra bien
que j'en trouve un comme je le veux. Continue, Duclos." Et les amis ayant ri de
bon coeur de la franchise libertine de l'évêque (
"il y a tout
plein d'occasions où l'on ne veut pas d'un cul de femme"),
l'historienne reprit son récit en ces termes:
"Je venais d'atteindre ma septième année, lorsqu'un jour que,
suivant ma coutume, j'avais amené à Louis une de mes petites
camarades, je trouvai chez lui un autre religieux de ses confrères.
Comme cela n'était jamais arrivé, je fus surprise et je voulus me
retirer mais Louis m'ayant rassurée, nous entrâmes hardiment, ma
petite compagne et moi. "Tiens, Père Geoffroi, dit Louis à son
ami, en me poussant vers lui, ne t'ai-je pas dit qu'elle était gentille?
Oui, en vérité, dit Geoffroi en me prenant sur ses genoux et me
baisant. Quel âge avez-vous, ma petite? Sept ans, mon Père.
C'est-à-dire cinquante de moins que moi dit le bon Père en me
baisant de nouveau. Et pendant ce petit monologue le sirop se préparait,
et, suivant l'usage, on nous en fit avaler trois grands verres à
chacune. Mais comme je n'avais pas coutume d'en boire quand j'amenais du gibier
à Louis, parce qu'il n'en donnait qu'à celle que je lui amenais,
que je ne restais communément pas et que je me retirais tout de suite,
je fus étonnée de la précaution, cette fois, et, du ton de
la plus naïve innocence, je lui dis: "Et pourquoi donc me faites-vous
boire, mon Père? Est-ce que vous voulez que je pisse? -Oui, mon enfant,
dit Geoffroi qui me tenait toujours entre ses cuisses et qui promenait
déjà ses mains sur mon devant, oui, on veut que vous pissiez, et
c'est avec moi que va se passer l'aventuré, peut-être un peu
différente de celle qui vous est arrivée ici. Venez dans ma
cellule, laissons le Père Louis avec votre petite amie, et allons nous
occuper de notre côté. Nous nous réunirons quand nos
besognes seront faites." Nous sortîmes; Louis me dit tout bas
d'être bien complaisante avec son ami et que je n'aurais pas à
m'en repentir. La cellule de Geoffroi était peu éloignée
de celle de Louis et nous y arrivâmes sans être vus. A peine
fûmes-nous entrés, que Geoffroi, s'étant bien
barricadé, me dit de défaire mes jupes. J'obéis; il releva
lui-même ma chemise jusqu'au-dessus de mon nombril et, m'ayant assise sur
le bord de son lit, il m'écarta les cuisses le plus qu'il lui fut
possible, en continuant de m'abaisser, de manière que je
présentais le ventre en entier et que mon corps ne portait plus que sur
le croupion. Il m'enjoignit de bien me tenir dans cette posture et de commencer
à pisser aussitôt qu'il frapperait légèrement une de
mes cuisses avec sa main. Alors, me considérant un moment dans
l'attitude et travaillant toujours à m'écarter d'une main les
babines du con, de 1'autre il déboutonna sa culotte et se mit à
secouer par des mouvements prompts et violents un petit membre noir et tout
rabougri qui ne paraissait pas très disposé à
répondre à ce qu'on semblait exiger de lui. Pour l'y
déterminer avec plus de succès, notre homme se mit en devoir, en
procédant à sa petite habitude de choix, de lui procurer le plus
grand degré de chatouillement possible: en conséquence il
s'agenouilla entre mes jambes, examina encore un instant l'intérieur du
petit orifice que je lui présentais, y porta sa bouche à
plusieurs reprises en grumelant entre ses dents certaines paroles luxurieuses
que je ne retins pas, parce que je ne les comprenais pas pour lors, et
continuant d'agiter son membre qui ne s'en émouvait pas davantage. Enfin
ses lèvres se collèrent hermétiquement à celles de
mon con, je reçus le signal convenu, et débondant aussitôt
dans la bouche du bonhomme le superflu de mes entrailles, je l'inondai des
flots d'une urine qu'il avala avec la même rapidité que je la lui
lançais dans le gosier. Pour le coup, son membre se déploya et sa
tête altière s'élança jusqu'auprès d'une de
mes cuisses. Je sentis qu'il l'arrosait fièrement des stériles
marques de sa débile vigueur. Tout avait été si bien
compassé qu'il avalait les dernières gouttes au moment même
où son vit, tout confus de sa victoire, la pleurait en larmes de sang.
Geoffroi se releva tout chancelant, et je crus m'apercevoir qu'il n'avait pas
pour son idole, quand l'encens venait de s'éteindre, une ferveur de
culte aussi religieuse que quand le délire, enflammant son hommage,
soutenait encore le prestige. Il me donna douze sols assez brusquement,
m'ouvrit sa porte, sans me demander comme les autres de lui amener des filles
(apparemment qu'il se fournissait ailleurs) et, me montrant le chemin de la
cellule de son ami, il me dit d'y aller, que l'heure de son office le pressant,
il ne pouvait pas m'y conduire, et se renferma chez lui sans me donner le temps
de lui répondre."
"Eh! mais vraiment, dit le duc, il y a tout plein de gens qui ne peuvent
absolument soutenir l'instant de la perte de l'illusion. Il semble que
l'orgueil souffre à s'être laissé voir à une femme
dans un pareil état de faiblesse et que le dégoût naisse de
la gêne qu'il éprouve alors. -Non, dit Curval, qu'Adonis branlait
à genoux et qui faisait promener ses mains sur Zelmire, non, mon ami,
l'orgueil n'est pour rien là-dedans, mais l'objet qui
foncièrement n'a de valeur que celle que notre lubricité lui
prête se montre absolument tel qu'il est quand la lubricité est
éteinte. Plus l'irritation a été violente, plus l'objet se
dépare quand cette irritation ne le soutient plus, tout comme nous somme
plus ou moins fatigués en raison du plus ou moins d'exercice que nous
avons pris, et ce dégoût que nous éprouvons alors n'est que
le sentiment d'une âme rassasiée à qui le bonheur
déplaît parce qu'il vient de la fatiguer. -Mais de ce
dégoût pourtant, dit Durcet, naît souvent un projet de
vengeance dont on a vu des suites funestes. -Alors c'est autre chose, dit
Curval, et comme la suite de ces narrations nous offrira peut-être des
exemples de ce que vous dites là, n'en pressons pas les dissertations
que ces faits produiront naturellement. -Président, dis la
vérité, dit Durcet: à la veille de t'égarer
toi-même, je crois qu'à l'instant présent tu aimes mieux te
préparer à sentir comme on jouit qu'à disserter comme on
se dégoûte -Point du tout... pas un mot, dit Curval, je suis du
plus grand sens froid.... Il est bien certain, continuait-il en baisant Adonis
sur la bouche, que cet enfant-là est charmant... mais on ne peut pas le
foutre; je ne connais rien de pis que vos lois... Il faut se réduire
à des choses... à des choses... Allons, allons, continue, Duclos,
car je sens que je ferais des sottises, et je veux que mon illusion se
soutienne au moins jusqu'à ce que j'aille me coucher." Le
président, qui voyait que son engin commençait à se
mutiner, renvoya les deux enfants à leur place et, se recouchant
près de Constance qui sans doute toute jolie qu'elle était ne
l'échauffait pas autant, il repressa une seconde fois Duclos de
continuer, qui obéit promptement en ces termes:
"Je rejoignis ma petite camarade. L'opération de Louis était
faite, et assez médiocrement contentes toutes les deux, nous
quittâmes le couvent, moi avec la presque résolution de n'y plus
revenir. Le ton de Geoffroi avait humilié mon petit amour-propre et,
sans approfondir d'ou venait le dégoût, je n'en aimais ni les
suites ni les conséquences. Il était pourtant écrit dans
ma destinée que j'aurais encore quelques aventures dans ce couvent, et
l'exemple de ma soeur, qui avait eu, m'avait-elle dit, affaire a plus de
quatorze, devait me convaincre que je n'étais pas au bout de mes
caravanes. Je m'en aperçus, trois mois après cette
dernière aventure, aux sollicitations que me fit un de ces bons
révérends, homme d'environ soixante ans. Il n'y eut sorte de ruse
qu'il inventât pour me déterminer à venir dans sa chambre.
Une réussit si bien enfin, que je m'y trouvai un beau dimanche matin
sans savoir ni comment ni pourquoi. Le vieux paillard, que l'on nommait
Père Henri m'y renferma avec lui aussitôt qu'il me vit entrer et
m'embrassa de tout son coeur. "Ah! petite friponne, s'écria-t-il au
transport de sa joie, je te tiens donc, tu ne m'échapperas pas ce
coup-ci." Il faisait très froid; mon petit nez était plein de
morve, comme c'est assez l'usage des enfants. Je voulus me moucher. "Eh! non,
non, dit Henri en s'y opposant, c'est moi qui vais faire cette
opération-là, ma petite." Et m'ayant couchée sur son lit
la tête un peu penchée, il s'assit auprès de moi, attirant
ma tête renversée sur ses genoux. On eût dit qu'en cet
état il dévorait des yeux cette sécrétion de mon
cerveau. "Oh! la jolie petite morveuse, disait-il en se pâmant, comme je
vais la sucer!" Se courbant alors sur ma tête et mettant mon nez tout
entier dans sa bouche, non seulement il dévora toute cette morve dont
j'étais couverte, mais il darda même lubriquement le bout de sa
langue dans mes deux narines alternativement, et avec tant d'art, qu'il
produisit deux ou trois éternuements qui redoublèrent cet
écoulement qu'il désirait et dévorait avec tant
d'empressement. Mais de celui-là, messieurs, ne m'en demandez pas de
détails: rien ne parut, et soit qu'il ne fit rien ou qu'il fit son
affaire dans sa culotte, je ne m'aperçus de quoi que ce fût, et
dans la multitude de ses baisers et de ses lécheries rien ne marqua
d'extase plus forte, et par conséquent je crois qu'il ne
déchargea point. Je ne fus point troussée davantage, ses mains
même ne s'égarèrent pas, et je vous assure que la fantaisie
de ce vieux libertin pourrait avoir son effet avec la fille du monde la plus
honnête et la plus novice, sans qu'elle y pût supposer la moindre
lubricité.
"Il n'en était pas de même de celui que le hasard m'offrit le
propre jour où je venais d'atteindre ma neuvième année.
Père Etienne, c'était le nom du libertin, avait
déjà dit plusieurs fois à ma soeur de me conduire à
lui, et elle m'avait engagée à l'aller voir (sans
néanmoins vouloir m'y mener, de peur que notre mère, qui se
doutait déjà de quelque chose, ne vînt à le savoir),
lorsque je me trouvai enfin face à face avec lui, dans un coin de
l'église, près de la sacristie. Il s'y prit de si bonne
grâce, il employa des raisons si persuasives, que je ne me fis pas tirer
l'oreille. Le Père Etienne avait environ quarante ans, il était
frais, gaillard et vigoureux. A peine fûmes-nous dans sa chambre qu'il me
demanda si je savais branler un vit. "Hélas! lui dis-je en rougissant,
je n'entends pas seulement ce que vous voulez me dire. -Eh bien! je vais te
l'apprendre, ma petite, me dit-il en me baisant de tout son coeur et la bouche
et les yeux; mon unique plaisir est d'instruire les petites filles, et les
leçons que je leur donne sont si excellentes qu'elles ne les oublient
jamais. Commence par défaire tes jupes, car si je t'apprends comment il
faut s'y prendre pour me donner du plaisir, il est juste que je t'enseigne en
même temps comment tu dois faire pour en recevoir, et il ne faut pas que
rien nous gêne pour cette leçon-là. Allons,
commençons par toi. Ce que tu vois là, me dit-il, en posant ma
main sur la motte, s'appelle un con, et voici comme tu dois faire pour te
procurer là des chatouillements délicieux: il faut frotter
légèrement avec un doigt cette petite élévation que
tu sens là et qui s'appelle le clitoris. Puis me faisant faire:
"Là, vois, ma petite, comme cela, pendant qu'une de tes mains travaille
là, qu'un doigt de l'autre s'introduise imperceptiblement dans cette
fente délicieuse..." Puis me plaçant la main: "Comme cela, oui...
Eh bien! n'éprouves-tu rien? continuait-il en me faisant observer sa
leçon. -Non, mon Père, je vous assure, lui répondis-je ave
naïveté. -Ah! dame, c'est que tu es encore trop jeune, mais, dans
deux ans d'ici, tu verras le plaisir que ça te fera. -Attendez, lui
dis-je, je crois pourtant que je sens quelque chose." Et je frottais, tant que
je pouvais, aux endroits qu'il m'avait dits... Effectivement, quelques
légères titillations voluptueuses venaient de me convaincre que
la recette n'était pas une chimère, et le grand usage que j'ai
fait depuis de cette secourable méthode a achevé de me convaincre
plus d'une fois de l'habileté de mon maître. "Venons à moi,
me dit Etienne, car tes plaisirs irritent mes sens, et il faut que je les
partage, mon ange. Tiens, me dit-il, en me faisant empoigner un outil si
monstrueux que mes deux petites mains pouvaient à peine l'entourer,
tiens, mon enfant, ceci s'appelle un vit, et ce mouvement-là,
continuait-il en conduisant mon poignet par des secousses rapides, ce
mouvement-là s'appelle branler. Ainsi, dans ce moment-ci, tu me branles
le vit. Va, mon enfant, va, vas-y de toutes tes forces. Plus tes mouvements
seront rapides et pressés, plus tu hâteras l'instant de mon
ivresse. Mais observe une chose essentielle, ajoutait-il en dirigeant toujours
mes secousses, observe de tenir toujours la tête à
découvert. Ne la recouvre jamais de cette peau que nous appelons le
prépuce: si ce prépuce venait à recouvrir cette partie que
nous nommons le gland, tout mon plaisir s'évanouirait. Allons, voyons ma
petite, continuait mon maître, voyons que je fasse sur toi ce que tu
ferais sur moi." Et se pressant sur ma poitrine en disant cela, pendant que
j'agissais toujours, il plaça ses deux mains si adroitement, remua ses
doigts avec tant d'art, que le plaisir me saisit à la fin, et que c'est
bien positivement à lui que j'en dois la première leçon.
Alors, la tête venant à me tourner, je quittai ma besogne, et le
révérend, qui n'était pas prêt à la terminer,
consentit à renoncer un instant à son plaisir pour ne s'occuper
que du mien. Et quand il me l'eut fait goûter en entier, il me fit
reprendre l'ouvrage que mon extase m'avait obligée d'interrompre et
m'enjoignit bien expressément de ne plus me distraire et de ne plus
m'occuper que de lui. Je le fis de toute mon âme. Cela était
juste: je lui devais bien quelque reconnaissance. J'y allais de si bon coeur et
j'observais si bien tout ce qui m'était enjoint, que le monstre, vaincu
par des secousses aussi pressées, vomit enfin toute sa rage et me
couvrit de son venin. Etienne alors parut transporté du délire le
plus voluptueux. Il baisait ma bouche avec ardeur, il maniait et branlait mon
con et l'égarement de ses propos annonçait encore mieux son
désordre. Les f... et les b... enlacés aux noms les plus tendres,
caractérisaient ce délire qui dura fort longtemps et dont le
galant Etienne, fort différent de son confrère l'avaleur d'urine,
ne se retira que pour me dire que j'étais charmante, qu'il me priait de
le revenir voir, et qu'il me traiterait toutes les fois comme il allait le
faire. En me glissant un petit écu dans la main, il me ramena où
il m'avait prise et me laissa tout émerveillée et tout
enchantée d'une nouvelle bonne fortune qui, me raccommodant avec le
couvent, me fit prendre à moi-même la résolution d'y
revenir souvent à l'avenir, persuadée que plus j'avancerais en
âge et plus j'y trouverais d'agréables aventures. Mais ce
n'était plus là ma destinée: des événements
plus importants m'attendaient dans un nouveau monde, et j'appris, en revenant
à la maison, des nouvelles qui vinrent bientôt troubler l'ivresse
où venait de me mettre l'heureuse tournure de ma dernière
histoire."
Ici une cloche se fit entendre dans le salon: c'était celle qui
annonçait que le souper était servi. En conséquence,
Duclos, généralement applaudie des petits débuts
intéressants de son histoire, descendit de sa tribune et, après
s'être un peu rajustée du désordre dans lequel chacun se
trouvait, on s'occupa de nouveaux plaisirs en allant avec empressement chercher
ceux que Comus offrait. Ce repas devait être servi par les huit petites
filles nues. Elles se trouvèrent prêtes au moment où l'on
changea de salon, ayant, eu la précaution de sortir quelques minutes
avant. Les convives devaient être au nombre de vingt: les quatre amis,
les huit fouteurs et les huit petits garçons. Mais
l'évêque, toujours furieux contre Narcisse, ne voulut pas
permettre qu'il fût de la fête, et comme on était convenu
d'avoir entre soi des complaisances mutuelles et réciproques personne ne
s'avisa de demander la révocation de l'arrêt, et le petit bonhomme
fut enfermé seul dans un cabinet obscur en attendant l'instant des
orgies où monseigneur, peut-être, se raccommoderait avec lui. Les
épouses et les historiennes furent promptement souper à leur
particulier, afin d'être prêtes pour les orgies; les vieilles
dirigèrent le service des huit petites filles, et l'on se mit à
table. Ce repas, beaucoup plus fort que le dîner, fut servi avec bien
plus de magnificence, d'éclat et de splendeur. Il y eut d'abord un
service de potage au jus de bisque et de hors-d'oeuvre composés de vingt
plats. Vingt entrées les remplacèrent et furent bientôt
relevées elles-mêmes par vingt autres entrées fines,
uniquement composées de blancs de volailles, de gibiers
déguisés sous toutes sortes de formes. On les releva par un
service de rôti où parut tout ce qu'on peut imaginer de plus rare.
Ensuite arriva une relève de pâtisserie froide, qui céda
bientôt la place à vingt-six entremets de toutes figures et de
toutes formes. On desservit et on remplaça ce qui venait d'être
enlevé par une garniture complète de pâtisseries
sucrées, froides et chaudes. Enfin, parut le dessert, qui offrit un
nombre prodigieux de fruits, malgré la saison, puis les glaces, le
chocolat et les liqueurs qui se prirent à table. A l'égard des
vins, ils avaient varié à chaque service: dans le premier le
bourgogne, au second et au troisième deux différentes
espèces de vins d'Italie, au quatrième le vin du Rhin, au
cinquième des vins du Rhône, au sixième le champagne
mousseux et des vins grecs de deux sortes avec deux différents services.
Les têtes s'étaient prodigieusement échauffées. On
n'avait pas au souper, comme au dîner, la permission de morigéner
autant les servantes: celles-ci, étant la quintessence de ce qu'offrait
la société, devaient être un peu plus
ménagées, mais en revanche, on se permit avec elles une furieuse
dose d'impuretés. Le duc, à moitié ivre, dit qu'il ne
voulait plus boire que de l'urine de Zelmire, et il en avala deux grands verres
qu'il lui fit faire en la faisant monter sur la table, accroupie sur son
assiette. "Le bel effort, dit Curval, que d'avaler du pissat de pucelle!" et
appelant Fanchon à lui: "Viens, garce, lui dit-il, c'est à la
source même que je veux puiser." Et penchant sa tête entre les
jambes de cette vieille sorcière, il avala goulûment les flots
impurs de l'urine empoisonnée qu'elle lui darda dans l'estomac. Enfin,
les propos s'échauffèrent, on traita différents points de
moeurs et de philosophie, et je laisse au lecteur à penser si la morale
en fut bien épurée. Le duc entreprit un éloge du
libertinage et prouva qu'il était dans la nature et que plus ses
écarts étaient multipliés, mieux ils la servaient. Son
opinion fut généralement reçue et applaudie, et on se leva
pour aller mettre en pratique les principes qu'on venait d'établir. Tout
était prêt dans le salon des orgies: les femmes y étaient
déjà, nues, couchées sur des piles de carreaux à
terre, pêle-mêle avec les jeunes gitons sortis de table à ce
dessein un peu après le dessert. Nos amis s'y rendirent en chancelant,
deux vieilles les déshabillèrent, et ils tombèrent au
milieu du troupeau comme des loups qui assaillent une bergerie.
L'évêque, dont les passions étaient cruellement
irritées par les obstacles qu'elles avaient rencontrés à
leur saillie, s'empara du cul sublime d'Antinoüs pendant qu'Hercule
l'enfilait et, vaincu par cette dernière sensation et par le service
important et si désiré qu'Antinoüs lui rendit sans doute, il
dégorgea à la fin des flots de semence si
précipités et si âcres qu'il s'évanouit dans
l'extase. Les fumées de Bacchus vinrent achever d'enchaîner des
sens qu'engourdissait l'excès de la luxure, et notre héros passa
de l'évanouissement à un sommeil si profond qu'on fut
obligé de le porter au lit. Le duc s'en donna de son côté.
Curval, se ressouvenant de l'offre qu'avait faite la Martaine à
l'évêque, la somma d'accomplir cette offre et s'en gorgea pendant
qu'on l'enculait. Mille autres horreurs, mille autres infamies
accompagnèrent et suivirent celles-là, et nos trois braves
champions, car l'évêque n'était plus de ce monde, nos
valeureux athlètes, dis-je, escortés des quatre fouteurs du
service de nuit, qui n'étaient point là et qui vinrent les
prendre, se retirèrent avec les mêmes femmes qu'ils avaient eues
sur les canapés, à la narration. Malheureuses victimes de leurs
brutalités, auxquelles il n'est que trop vraisemblable qu'ils firent
plus d'outrages que de caresses et auxquelles, sans doute, ils donnèrent
plus de dégoût que de plaisir. Telle fut l'histoire de la
première journée.
Marquis de Sade
Les 120 journées de Sodome