Peu de jours après notre retour, le roi nous fit proposer de venir voir, à un des balcons de son palais, l'une des fêtes les plus singulières de son royaume. Il s'agissait d'une cocagne. J'avais souvent entendu parler de cette extravagance ; mais ce que je vis était bien différent de l'idée que je m'étais faite.
Charlotte et Ferdinand nous attendaient dans un boudoir dont la croisée donnait sur la place où devait avoir lieu la cocagne. Le duc de Gravines, homme de cinquante ans, très libertin, et La Riccia furent les seuls admis avec nous.
- Si vous ne connaissez pas ce spectacle, nous dit le roi, dès que le chocolat fut pris, vous allez le trouver bien barbare.
- C'est ainsi que nous les aimons, sire, répondis-je ; et j'avoue qu'il y a longtemps que je voudrais en France, ou de semblables jeux, ou des gladiateurs : on n'entretient l'énergie d'une nation que par des spectacles de sang ; celle qui ne les adopte pas s'amollit. Quand un empereur imbécile, en faisant monter le sot christianisme sur le trône des Césars, eut fait fermer le cirque à Rome, qui devinrent les maîtres du monde ?... Des abbés, des moines ou des ducs.
- Je suis parfaitement de votre avis, dit Ferdinand. Je voudrais renouveler ici les combats d'hommes contre des animaux, et même ceux d'homme à homme ; j'y travaille ; Gravines et La Riccia m'aident tous deux, et j'espère que nous réussirons.
- La vie de tous ces gueux-là, dit Charlotte, doit-elle être comptée pour quelque chose, quand il s'agit de non plaisirs ? Si nous avons le droit de les faire égorger pour nos intérêts, nous devons également l'avoir pour nos voluptés.
- Allons, belles dames, nous dit Ferdinand, donnez vos ordres. En raison du plus ou moins de rigueur, du plus ou moins de police que je mets à la célébration de ces orgies, je puis faire tuer six cents hommes de plus ou de moins : prescrivez-moi donc ce que vous désirez à cet égard.
- Le pis, le pis ! répondit Clairwil ; plus vous ferez égorger de ces coquins, et plus vous nous amuserez.
- Allons, dit le roi, en donnant bas un ordre à l'un de ses officiers.
Puis, un coup de canon s'étant aussitôt fait entendre, nous nous avançâmes sur le balcon. Il y avait un peuple excessivement nombreux sur la place ; alors nous découvrîmes toute la perspective.
Sur un grand échafaud que l'on orne d'une décoration rustique, se pose une prodigieuse quantité de vivres, disposés de manière à composer eux-mêmes une partie de la décoration. Là, sont inhumainement crucifiée des oies, des poules, des dindons, qui, suspendus tout en vie, et seulement attachée par un clou, amusent le peuple par leurs mouvements convulsifs ; des pains, de la merluche, des quartiers de bufs ; des moutons, paissant dans une partie de la décoration qui représente un champ gardé par des hommes de carton, bien vêtus ; des pièces de toile disposées de manière à former les flots de la mer sur laquelle s'aperçoit un vaisseau chargé de vivres ou de meubles à l'usage du peuple : telle est, disposée avec beaucoup d'art et de goût, l'amorce préparée à cette nation sauvage, pour perpétuer sa voracité et son excessif amour pour le vol. Car, après avoir vu ce spectacle, il serait difficile de ne pas convenir qu'il est bien plutôt une école de pillage qu'une véritable fête.
A peine avions-nous eu le temps de considérer le théâtre, qu'un second coup de canon se fit entendre. A ce signal, la chaîne de troupes qui contenait le peuple s'ouvrit avec rapidité. Le peuple s'élance, et, dans un clin d'il, tout est enlevé, arraché, pillé, avec une vitesse... une frénésie, qu'il est impossible de se représenter. Cette effrayante scène, qui me donna l'idée d'une meute de chiens à la curée, finit toujours plus ou moins tragiquement, parce qu'on se dispute, on veut avoir, et empêcher son voisin à prendre, et qu'à Naples, ce n'est jamais qu'à coups de couteau que de pareilles discussions se terminent. Mais cette fois, d'après nos désirs, par les soins cruels de Ferdinand, quand le théâtre fut chargé, quand on crut qu'il pouvait bien y avoir sept ou huit cents personnes dessus, tout à coup il s'enfonce, et plus de quatre cents personnes sont écrasées.
- Ah ! foutre ! s'écria Clairwil en tombant pâmée sur un sofa, ah ! mes amis, vous ne m'aviez pas prévenue : je meurs (et la putain appelant La Riccia), fous-moi, mon ami, fous-moi ! lui dit-elle ; je décharge ; de mes jours, je n'ai rien vu qui m'ait fait autant de plaisir.
Nous rentrâmes ; les fenêtres et les portes se fermèrent, et la plus délicieuse de toutes les scènes de lubricité s'exécuta pour ainsi dire sur les cendres des malheureux sacrifiés par cette scélératesse.
Quatre jeunes filles de quinze ou seize ans, belles comme le jour, et revêtues de crêpes noirs sous lesquels elles étaient nues, nous attendaient debout, en silence. Quatre autres femmes, enceintes, de vingt à trente ans, entièrement nues, paraissaient, dans le même silence et dans la même douleur, attendre nos ordres vers une autre partie de la chambre. Couchée sur un canapé au fond de la pièce, quatre superbes jeunes hommes, de dix-huit à vingt ans, nous menaçaient la vit à la main, et ces vits, mes amis, ces vits étaient des monstres : douze pouces de circonférence sur dix-huit de long. De la vie rien de pareil ne s'était offert à nos yeux : nous déchargeâmes toutes les quatre rien qu'en les apercevant.
- Ces quatre femmes et ces quatre jeunes personnes, nous dit Ferdinand, sont les filles et les veuves de quelques-uns des infortunés qui viennent de périr sous vos yeux. Ce sont ceux que j'ai le plus exposés, et de la mort desquels je suis certain. J'ai fait venir de bonne heure ces huit femmes ici, et, enfermées dans une chambre sûre, j'ai voulu qu'elles vissent, par une fenêtre, le sort de leurs pères et de leurs époux. Je vous les livre maintenant, pour achever de vous divertir, et vous transmets tous mes droits sur elles. Là, poursuivit le monarque, en ouvrant une porte qui donnait sur un petit jardin, là, est un trou destiné à les recevoir, quand elles auront mérité, par d'horribles souffrances, d'arriver à ce moment de calme... Vous voyez leurs tombeaux. Approchez, femmes, il faut que vous le voyiez aussi... Et le barbare les fit descendre dedans, il les y fit étendre, puis, content des proportions, il ramena mes yeux sur les quatre jeunes gens.
- Assurément, mesdames, nous dit-il, je suis bien certain que jamais vous n'avez rien vu de pareil.
Et il empoignait ces vits plus durs que des barres de fer, il nous les faisait prendre, soulever, baiser, branloter.
- La vigueur de ces hommes, poursuivit le roi, égale au moins la supériorité de leur membre ; il n'en est pas un d'eux qui ne vous réponde de quinze ou seize décharges, et pas un qui ne perde dix ou douze onces de sperme à chaque éjaculation : c'est l'élite de mon royaume. Ils sont Calabrais tous les quatre, et il n'y a point de provinces en Europe qui fournissent des membres de cette taille. Jouissons maintenant, et que rien ne nous gêne. Quatre boudoirs tiennent à celui-ci ; ils sont ouverts ; ils sont garnis de tout ce qui sert au service de la luxure : allons, foutons, faisons-nous foutre, vexons, tourmentons, supplicions, et que nos têtes, embrasées par le spectacle qui vient de nous être présenté, raffinent à la fois les cruautés et les luxures...
- Oh ! foutre, mon ami, dis-je à Ferdinand, comme tu entends l'art d'amuser des imaginations comme les nôtres !
Robes, jupons, culottes, tout fut bientôt mis à bas, et, avant que de procéder à des scènes générales, il parut que l'intention de chacun était de s'isoler un moment, dans des cabinets séparés. La Riccia prit avec lui l'une des jeunes filles, une femme grosse et un fouteur ; Gravines s'enferma avec Olympe et une femme grosse ; et Ferdinand prit Clairwil, un fouteur, une femme grosse et deux petites filles ; Charlotte me choisit, et voulut, avec nos deux fouteurs, une des petites filles et une femme grosse.
- Juliette, me dit la reine de Naples, dès que nous fûmes dans notre boudoir, je ne puis plus dissimuler les sentiments que tu as fait naître dans mon cur : je t'adore. Je suis trop putain pour te promettre de la fidélité ; mais tu sais que ce sentiment romanesque est inutile entre nous : ce n'est point un cur que je t'offre, c'est un con... un con qui s'inonde de foutre chaque fois que ta main y touche. Je te suppose mon esprit, ma façon de penser, et te préfère incontestablement à tes surs. Ton Olympe est une bégueule ; son tempérament l'emporte quelquefois, mais elle est timide et poltronne : il ne faudrait qu'un coup de tonnerre pour convertir une telle femme. La Clairwil est une superbe créature, infiniment d'esprit, sans doute, mais nous différons de goût : elle n'aime à exercer ses cruautés que sur les hommes, et quoique je sacrifie volontiers ce sexe, le sang du mien, pourtant, me fait plus de plaisir à répandre ; elle a d'ailleurs un air de supériorité prononcé sur nous toutes, qui humilie prodigieusement mon orgueil. Avec autant de moyens, et peut-être même beaucoup plus qu'elle, Juliette, tu n'affectes pas autant de vanité ; cela console ; je te crois plus de douceur dans le caractère, autant de coquinerie dans l'esprit, mais plus de solidité avec tes amies ; je te préfère, enfin, et ce diamant de cinquante mille écus, que je te supplie d'accepter, suffira peut-être à t'en convaincre.
- Charlotte, dis-je en refusant le bijou, l'on peut avec toi convenir de ses vices ; je suis sensible à tes sentiments, et je t'en jure de semblables ; mais je l'avoue, ma chère, je ne fais, par caprice, nul cas de ce qu'on me donne, je n'estime que ce que je prends, et, si tu veux, rien n'est plus facile que de me satisfaire sur cet objet.
- Comment donc ?
- Jure avant tout, sur l'amour que tu as pour moi, de ne jamais rien révéler du désir impérieux dont je suis dévorée.
- Je le jure.
- Eh bien ! je veux voler les trésors de ton mari, je veux que tu me fournisses toi-même les moyens d'y parvenir.
- Parle bas, dit la reine,, ces gens-ci pourraient nous entendre... Attends, je vais les enfermer... Jasons maintenant à notre aise, reprend Charlotte. Acceptes-tu ce que je te propose ? c'est la seule façon de me convaincre des sentiments que tu me montres. Ô Juliette ! ajoute-t-elle, la confiance que tu me témoignes doit te valoir la mienne... Et moi aussi je médite un forfait : m'y serviras-tu ?
- Fallût-il y risquer mille vies ; parle.
- Si tu savais à quel point je suis excédée de mon mari !
- Malgré ses complaisances ?
- Est-ce donc pour moi qu'il fait tout cela ? Il me prostitue par libertinage, par jalousie ; il croit, en apaisant ainsi mes passions, empêcher mes désirs de naître, et il aime mieux que je sois foutue par son choix que par le mien.
- Plaisante politique.
- C'est la sienne, c'est celle d'un Espagnol italianisé, et il ne peut y avoir rien de pis dans le monde qu'un tel être.
- Et tu désires ?...
- Empoisonner ce vilain homme, devenir régente... Le peuple me préfère à lui, il adore mes enfants ; je régnerai seule, tu deviendras ma favorite, et ta fortune est faite.
- Non, je ne demeurerai pas avec toi, je n'aime pas le rôle que tu me proposes ; d'ailleurs, j'idolâtre ma patrie et veux bientôt y retourner. Je te servirai ; je vois que les moyens te manquent. Ferdinand, qui possède des poisons de tout genre, te les cache, sans doute ; je t'en donnerai ; mais, service pour service, Charlotte, songe que tu n'auras ce que je te promets qu'au prix des trésors de ton mari. A combien se montent ces trésors ?
- Quatre-vingts millions, tout au plus.
- En quelles espèces ?
- Des lingots, des piastres, des onces et des sequins.
- Comment ferons-nous ?
- Tu vois cette croisée ? me dit Charlotte en me montrant une fenêtre assez voisine de celle où nous nous plaçâmes ; qu'un chariot bien attelé se trouve au bas après-demain ; je volerai la clef ; je jetterai par la fenêtre dans ce chariot tout ce que je pourrai.
- Et la garde ?
- Il n'y en a point de ce côté.
- Écoute, dis-je à Charlotte, dont je complotais la perte avec délices dans ce moment-là, j'ai quelques démarches à faire pour préparer le poison qu'il te faut, et je ne me soucie pas de les entreprendre sans être sûre de mon fait ; signe-moi cet écrit, dis-je en le minutant tout de suite, j'agirai dès lors sans nulle crainte, et nous serons tranquilles toutes deux.
Charlotte, aveuglée par son amour pour moi, par l'extrême désir de se défaire de son mari, en signant tout ce que je voulus, me prouva que la prudence est rarement la compagne des grandes passions. Voici ce qu'elle ratifia :
« Je volerai tous les trésors de mon mari, et les donnerai pour récompense à celle qui me fournira le poison nécessaire à l'envoyer dans l'autre monde. »
Signé : C. de L., R. de N.
- Allons, dis-je, me voilà tranquille ; après-demain, à l'heure indiquée, tu peux compter sur le chariot ; sers-moi bien, Charlotte... tu le seras de même. Amusons-nous maintenant...
- Oh ! chère amie, me dit Charlotte en m'accablant de baisers, quels services tu me rends et combien je t'adore !...
L'imbécile ! comme il s'en fallait que je lui rendisse le même sentiment ! Oh ! l'illusion n'était plus possible : nous avions trop perdu de foutre ensemble ; je ne me délectais que de l'idée de sa perte, et son imprudent écrit l'assurait.
- Branlons-nous toutes deux, me dit-elle, avant que d'appeler nos objets de débauches...
Et, sans attendre ma réponse, la putain me jette sur un lit de repos, s'agenouille entre mes cuisses, et me gamahuche en me chatouillant à la fois et le con et le cul. Ce fut alors où j'usai bien de la facilité qu'ont les femmes pour les infidélités d'imagination : c'était de Charlotte que je recevais des sensations voluptueuses, j'étais couverte de ses pollutions... de ses baisers, et je ne pensais qu'à trahir Charlotte.
Femmes adultères, vous voilà : dans les bras de vos époux, vous ne leur abandonnez que le corps, et les sensations de voluptés qu'ils y font naître n'appartiennent jamais qu'à l'amant. Ils se trompent, ils prennent pour eux l'ivresse où les mouvements vous plongent quand les imbéciles n'ont pas une étincelle de l'embrasement. Sexe enchanteur, continuez cette tromperie, elle est dans la nature : la flexibilité de vos imaginations vous le prouve ; dédommagez-vous ainsi, quand vous ne le pouvez autrement, des chaînes ridicules de la pudeur et de l'hymen, et ne perdez jamais de vue que si la nature vous fit un con pour foutre avec les hommes, sa main forma, du même jet, le cur qu'il faut pour les tromper.
Charlotte s'enivra de mon sperme, et j'avoue qu'il coula par flots, dans l'idée vraiment délicieuse pour une tête comme la mienne, de perdre à jamais celle qui le faisait ainsi répandre. Elle se rejette dans mes bras, nous nous polluons avec ardeur, elle suce ma bouche et mes tétons, et comme je la branle délicieusement, la tribade se pâme vingt fois. Nous nous entrelaçons l'une sur l'autre en sens contraire, de manière à pouvoir nous gamahucher réciproquement ; nos langues chatouillaient le clitoris, et un doigt libertin effleure et les trous du cul et les cons ; nous nous inondâmes de foutre, et, certes, toutes deux avec des pensées bien diverses.
Enfin, Charlotte en feu désire du libertinage ; elle appelle ; elle veut d'abord que tout soit dirigé par moi. La femme grosse, sous ma main droite, est offerte à mes vexations ; la jeune fille, à califourchon sur ma poitrine, me fait à la fois baiser le con le plus frais et le plus charmant cul ; Charlotte excite les vits et me les enfile elle-même.
- Je raffole de l'idée d'avoir une reine pour maquerelle, dis-je à Charlotte ; allons, putain, fais ton métier.
Mais des engins de la taille de ceux que Ferdinand nous procure ne sont pas faciles à recevoir, et, quelque frayés que soient mes appas, il m'est impossible d'endurer sans préparation des attaques aussi monstrueuses. Charlotte humecte les voies ; elle frotte les bords de mon con et le membre du fouteur, avec une essence qui, dès la première secousse, fait pénétrer plus de la moitié du monstre. Cependant les douleurs sont si vives, qu'en poussant un cri furieux, je jette au diable la petite fille juchée sur ma poitrine ; je veux me débarrasser du trait qui me déchire. Charlotte s'y oppose, elle nous presse tous deux l'un sur l'autre, et ce procédé, qui favorise mon nouveau champion, l'introduit à l'instant au fond de ma matrice : je n'avais jamais tant souffert. Ces épines pourtant se changent bientôt en roses : mon adroit cavalier s'y prend avec tant d'art, il pousse avec tant de force, qu'au quatrième bond, je l'inonde de foutre. Tout alors se remet en place ; Charlotte, en favorisant l'acte, en chatouillant les couilles et le trou du cul de mon fouteur, offre à ma main gauche ses fesses, que je moleste pour le moins avec autant de violence que celles de la femme grosse, et la petite fille gamahuchée par moi m'inonde le visage de sa douce éjaculation. Quelle vigueur dans ce Calabrais ! Il me lime plus de vingt minutes, perd à la fin son foutre, et me refout trois fois de suite sans quitter la lice ; j'en donne enfin au bout d'une heure. Son camarade le remplace. Pendant que je fous avec le second, Charlotte veut jouir du plaisir de me les voir tous les deux dans le corps ; elle-même arrange l'attitude. Je suis couchée dans les bras de l'un, c'est moi qui le fous ; il se laisse faire ; je manie, je moleste un con de ma main droite, la gauche socratise un cul, ma langue gamahuche un clitoris. L'autre homme, aidé par la reine, se présente au trou de mon derrière ; mais, quelque habitude que j'aie de cette manière de goûter le plaisir, nous luttons un quart d'heure sans pouvoir seulement effleurer la brèche. Toutes ces tentatives me plongent dans une incroyable agitation : je grince des dents, j'écume, je mords tout ce qui m'environne, j'inonde de foutre le vit qui laboure mon con ; c'est sur lui que je me venge de n'en pouvoir faire entrer un dans mon cul. A force de ruse et de patience, je le sens pourtant qui pénètre ; celui qui m'enconne me lance un coup de reins assez vigoureux pour favoriser l'attaque de son camarade. Je jette un cri terrible, je suis enculée... Je n'avais rien éprouvé de pareil...
- Quel spectacle ! dit Charlotte en se branlant en face de nous, et me baisant parfois sur la bouche, sacredieu, quelle ouverture !... Oh ! Juliette, que tu es heureuse !...
Et je déchargeais... et j'étais comme une forcenée ; je n'y voyais plus, je n'entendais plus, tous mes sens n'existaient que dans les régions de la volupté ; j'étais à elle uniquement. Tous deux, sans quitter la place, parcourent une double carrière, et quand je m'en débarrassai, le foutre inondait mes cuisses de toutes parts... je le distillais par tous les pores.
- A toi, garce ! dis-je à Charlotte, fais de même, si tu veux connaître le plaisir.
Je n'ai pas besoin de la presser ; promptement enfilée par tous deux, la coquine me prouve que si son mari lui permet quelques plaisirs, à dessein de calmer un libertinage qui pourrait devenir dangereux pour lui, il n'avait pas tout à fait tort. Cruelle comme nous dans ses voluptés, la gueuse me supplie de molester la femme grosse sous ses yeux, pendant qu'elle gamahuche la petite fille, et qu'on la fout en con et en cul. Cette malheureuse se jette à mes pieds : je suis sourde ; ivre de rage et de lubricité, je la renverse d'un coup de genou dans l'estomac, et je lui saute sur le ventre ; dès que je la vois à terre, je la rosse, je la bats, je l'étouffe ; Charlotte m'encourage en balbutiant des horreurs ; enfin la gueuse, également foutue deux coups, éloigne les hommes et se lève. Nous avalons deux bouteilles de champagne et nous passons dans le salon. Toute la compagnie s'y était déjà rendue. Chacun parla de ses prouesses : il fut facile de juger que ce n'était pas seulement dans notre boudoir qu'on avait molesté les femmes grosses ; aucune d'elles ne pouvait se soutenir ; celle de Gravines, surtout... elle était prête d'accoucher ; le scélérat l'avait mise en sang.
Le dîner fut de la plus extrême magnificence ; les jeunes filles nous servaient à table, et les femmes grosses, couchées à terre sous nos pieds, recevaient les vexations qu'il nous plaisait de leur imposer. Placée près de Clairwil, j'eus le temps de lui confier le tour que j'avais fait : je remplis son âme de joie, en lui racontant ces détails, et quoiqu'il ne fût guère possible que de les esquisser, elle me comprit, me félicita, en m'assurant que j'étais la femme la plus adroite et la plus entreprenante qu'elle connût.
Électrisés par la chère délicate et les vins délicieux qui nous furent servis, nous passâmes, en trébuchant dans une magnifique salle, toute préparée pour les orgies que nous avions à célébrer. Là, les agents étaient : Ferdinand, Gravines, La Riccia, Clairwil, Charlotte, Olympe et moi. Les victimes : les quatre femmes grosses, les quatre jeunes filles qui nous avaient servis au dîner, et les huit beaux enfants de l'un et de l'autre sexe dont les culs nous avaient lancé des liqueurs. Quatorze vigoureux champions, pour le moins aussi gros, aussi nerveux que ceux que nous avions épuisés le matin, parurent, la lance en arrêt ; tout était nu... frémissant, et attendant, avec autant de respect que de silence, les lois qu'il nous plairait de leur imposer. Le repas nous ayant menée fort loin, il devenait essentiel que des lumières éclairassent le lieu de la scène. Cinq cents bougies, cachées dans des gazes vertes, répandaient dans cette salle la clarté la plus douce et la plus agréable.
- Plus de particularité, plus de tête-à-tête, dit le roi c'est aux yeux les uns des autres que nous devons opérer maintenant.
Nous nous précipitons alors, sans aucune règle, sur les premiers objets qui se présentent : on fout, on se fait foutre ; mais la cruauté préside toujours à des luxures aussi désordonnées que les nôtres. Ici, l'on pressurait des gorges ; là, l'on fouettait des culs ; à droite, on déchirait des cons ; les femmes pleines se martyrisaient à gauche ; et les soupirs de la douleur ou du plaisir, mêlés de plaintes d'un côté, d'affreux blasphèmes de l'autre, furent longtemps les uniques bruits qui se firent entendre. Des cris plus énergiques de décharges se distinguèrent bientôt : celle de Gravines fut la première. Hélas ! il n'a pas plus tôt prononcé les expressions de son délire, que nous voyons tomber à ses pieds, du milieu des groupes qui l'entouraient, une femme égorgée, son fruit arraché des entrailles, et tous les deux baignés dans les flots de leur sang.
- Ce n'est pas ainsi que je m'y prendrai, dit La Riccia en ordonnant d'attacher fortement contre un mur une de ces truies gonflées. Tenez, dit-il, observez-moi.
Il chausse un soulier garni de pointes de fer, s'appuie sur deux hommes, et lance, de toute la force de ses reins, un coup de pied à plat sur le ventre de la donzelle, qui, crevée, déchirée, ensanglantée, fléchit sous ses liens, et nous pond son indigne fruit, que le paillard arrose à l'instant des flots écumants de son foutre. Très près du spectacle, à la fois foutue par-devant et par-derrière, suçant le vit d'un jeune garçon qui, dans ce moment, déchargeait dans ma bouche, branlant un con de chaque main, il me fut impossible de ne point partager les plaisirs du prince, et je perdis mon sperme à son exemple. Je jette les yeux sur Clairwil : on l'enculait, une jeune fille la gamahuchait, et la gueuse fouettait un petit garçon ; elle m'imite. Charlotte, enconnée, suçait un petit garçon, branlait deux filles, et faisait fouetter devant elle une des femmes grosses sur le ventre. Ferdinand opérait sur une fille ; il la déchiquetait avec des tenailles rouges ; on le suçait, et quand il se sentit près de décharger, le vilain, armé d'un scalpel, coupa les tétons de sa victime, et nous les jeta au nez.
Tels étaient à peu près nos plaisirs, lorsque Ferdinand nous proposa de passer dans un cabinet voisin, dans lequel une machine, artistement préparée, nous ferait jouir d'un supplice très extraordinaire pour les femmes grosses. On prend les deux qui restent ; on les lie sur deux plaques de fer placées l'une au-dessus de l'autre, en telle sorte que les ventres des femmes mises sur ces plaques se répondaient perpendiculairement... Les deux plaques s'enlèvent à dix pieds l'une de l'autre.
- Allons, dit le roi, disposez-vous au plaisir.
Chacun l'entoure, et au bout de quelques minutes, par le moyen d'un ressort aux ordres de Ferdinand, les deux plaques, l'une en montant, l'autre en descendant, s'unissent avec une telle violence, que les deux créatures, s'écrasant mutuellement, sont, elles et leur fruit, réduites en poudre en une minute. Vous imaginez facilement, j'espère, qu'il n'y eut pas un de nous qui ne perdît son foutre à ce spectacle, et pas un qui ne le comblât des plus divins éloges.
- Repassons dans une autre pièce, dit Ferdinand ; nous y goûterons. peut-être d'autres plaisirs.
Cette pièce énorme était occupée par un vaste théâtre ; sept différentes tortures y paraissent préparées ; quatre bourreaux, nus et beaux comme Mars, devaient servir chaque supplice, dont le premier était le feu ; le second, le fouet ; le troisième, la corde ; le quatrième, la roue ; le cinquième, le pal ; le sixième, la tête coupée ; le septième, haché en morceaux. Chacun de nous avait, pour se tenir, un vaste emplacement, dans lequel se voyait cinquante portraits des plus jolis enfants que l'on pût voir, de l'un et l'autre sexe. Nous entrâmes dans les places qui nous étaient destinées, seulement chacun avec un fouteur, une petite fille et un petit garçon, pour le service de nos plaisirs pendant les exécutions ; à côté de chacun des portraits dont nous étions environnés, était un cordon de sonnette.
- Que chacune, à son tour, nous dit Ferdinand, choisisse une victime dans les cinquante portraits qui l'entourent, qu'il tire le cordon de la sonnette qui correspond à l'objet de son choix : aussitôt, la victime qu'il aura désignée lui sera offerte ; il s'en amusera un moment... Ensuite, vous voyez que dans chaque place est un escalier qui mène au théâtre : il y fera monter sa victime, l'annexera au supplice qui le fera le mieux bander, puis opérera lui-même, si cela lui convient ; sinon, il fera signe au bourreau du supplice qu'il aura choisi, et la victime, enlevée sur-le-champ par cet homme, sera sacrifiée sous ses yeux. Mais pour l'intérêt même de vos plaisirs, n'agissez que l'un après l'autre : nous sommes maîtres de notre temps, rien ne nous presse, et les heures les mieux employées de la vie sont toujours celles où l'on l'arrache aux autres.
- Sacredieu, dit Clairwil au roi, je n'ai jamais vu d'imagination plus fertile que la tienne.
- Ne m'en attribuez point la gloire, dit le Napolitain : toutes ces fantaisies faisaient bander les tyrans de Syracuse qui me précédaient. J'ai trouvé dans mes archives des traces de ces horreurs ; elles ont échauffé ma tête ; je m'en amuse avec mes amis.
Gravines sonne le premier : son choix tombe sur un jeune garçon de seize ans, beau comme le jour ; il paraît, et Gravines a seul le droit de s'en amuser ; il le fouette, il le suce, il lui mord le vit, il lui écrase une couille, l'encule, et finit par l'envoyer aux flammes :
- Il est sodomiste, prétend le scélérat, et, comme tel, voilà le supplice qui lui convient.
Clairwil sonne ensuite, et vous croyez bien que c'est sur un garçon que son choix tombe également : à peine avait-il dix-huit ans ; il était beau comme Adonis ; la coquine le suce, le branle, le fustige, s'en fait lécher le con et le cul ; puis, s'élançant avec lui sur le théâtre, la bougresse l'empale elle-même, en se faisant enculer par un des bourreaux.
Olympe suit : une fille de treize ans est l'objet de son choix ; elle la caresse et la fait pendre.
Ferdinand vient après. Comme Clairwil, il choisit un jeune homme.
- J'aime le supplice des femmes, nous dit-il, mais je me plais encore plus à celui des individus de mon sexe...
L'adolescent paraît : vingt ans, membré comme Hercule, avec la figure de l'Amour. Ferdinand se le fait mettre, le lui rend, le fustige, et le mène lui-même au supplice ; il le rompt. Ainsi brisé, on le met sur une roue où on le laisse exposé au fond du théâtre.
La Riccia choisit une fille de seize ans, belle comme Hébé, et après lui avoir fait subir toute sorte d'horreurs, il la fait hacher toute vive.
Charlotte sonne une petite fille de douze ans, et quand elle s'en est amusée, elle lui fait couper la tête, en se faisant foutre par deux hommes.
Je fais venir une fille de dix-huit ans, superbe ; de ma vie, je n'avais vu de plus beau corps. Après l'avoir bien baisée, maniée, léchée sur toutes les parties, je la mène au supplice ; et, travaillant avec les bourreaux, je lui enlève, à grands coups de lanière, des pièces de chair plus grandes que la main : elle expire, et ses bourreaux me foutent sur son cadavre.
Ce jeu nous plaisait trop, pour ne pas se prolonger excessivement. Nous immolâmes en tout onze cent soixante-seize victimes, ce qui fait cent soixante-huit pour chacun, parmi lesquelles six cents filles et cinq cent soixante-seize garçons,
Charlotte et Borghèse furent les seules qui ne sacrifièrent que des filles. Je fis périr autant d'individus d'un sexe que de l'autre ; La Riccia, de même ; mais Clairwil, Gravines et Ferdinand n'immolèrent absolument que des hommes, et presque toujours de leurs mains. Pendant tout ce temps, l'on n'avait cessé de nous foutre, et nos athlètes s'étaient relayés plusieurs fois. Nous nous retirâmes au bout de quarante-cinq heures, entièrement écoulées dans l'ivresse des plus divins plaisirs.
- Madame, dis-je tout bas à Charlotte en la quittant, souvenez-vous du billet que vous m'avez signé...
- Et toi, me répondit Charlotte également bas, du rendez-vous que je t'ai donné pour après-demain... Sois aussi exacte que moi, je ne t'en demande pas davantage.
Nous rentrâmes. Je ne manque pas d'expliquer aussitôt à Clairwil ce que je n'avais pu lui dire qu'en l'air.
- Ce projet est délicieux, me dit-elle.
- Oui, mais tu ne vois pas où je veux la conduire ?
- Non.
- J'abhorre Charlotte.
- Oh ! baise-moi, cher amour... Comme je partage tes sentiments !
- Eh ! non : c'est qu'elle m'aime à la folie, cette femme, c'est qu'elle veut toujours que je la fasse décharger, et rien ne m'ennuie comme ces préférences. Il n'y a qu'à toi, mon ange, qu'à toi seule au monde que je pardonne de m'aimer.
- Quelle tête que la tienne, Juliette !
- Conviens qu'elle est digne de toi !
- Oh ! oui, mon ange !... Enfin, que fais-tu de Charlotte ?
- Le lendemain du jour où j'aurai ses trésors, j'envoie le billet que tu vois au mari, et j'espère que quand il y lira : « Je volerai tous les trésors de mon mari, et les donnerai pour récompense à celle qui me donnera le poison nécessaire à l'envoyer dans l'autre monde », j'espère, dis-je, que quand le cher époux verra ces mots, il condamnera Charlotte à la mort, ou du moins à la plus affreuse prison.
- Oui, mais Charlotte condamnée révélera ses complices ; elle dira que c'est à nous qu'elle a livré sels trésors.
- Sera-t-il présumable que si c'était nous qui les eussions reçus, ce fût nous qui envoyassions le billet au roi ?
- Présumable ou non, Ferdinand fera des recherches.
- Tout sera par mes soins enfoui dans notre jardin. J'irai moi-même parler au roi : si ses soupçons se portent avec violence sur nous, je le menacerai de révéler le trait horrible de la cocagne d'avant-hier. Ferdinand, faible et bête, craindra mes menaces, et il se taira... Et puis,
Il faut risquer quelque chose pour être riche : penses-tu que cinquante ou soixante millions ne vaillent pas la peine de quelques frais ?
- Mais si nous sommes prises, nous mourrons.
- Qu'importe ? la chose du monde que je craigne le moins est d'être pendue. Ne sait-on donc pas qu'on décharge en mourant ainsi ? Jamais l'échafaud ne m'effraya. Si jamais j'y suis condamnée, tu m'y verras voler avec impudence... Mais calme-toi, Clairwil, le crime nous aime, il nous favorise ; je t'en garantis le succès.
- Confieras-tu nos projets à Borghèse ?
- Non, je ne l'aime plus, cette femme.
- Oh ! foutre, je la déteste, moi.
- Il faut s'en défaire le plus tôt possible.
- N'allons-nous pas demain au Vésuve ?
- Tu as raison, il faut que les entrailles de ce volcan lui servent de tombeau... Quelle mort !
- Elle ne m'est venue dans la tête que parce que je la suppose affreuse.
- Je la lui voudrais plus cruelle encore.
- Quand nous haïssons toutes deux, oh ! nous haïssons bien.
- Il faut dîner avec elle comme à l'ordinaire.
- La flatter même.
- Laisse-moi conduire cela, tu sais que la fausseté s'allie avec mon masque et mon caractère.
- Il faut la branler cette nuit.
- Assurément.
- Oh ! mon ange, comme nous allons être riches !
- Ce coup fait, il faut quitter Naples.
- Et l'Italie... Il faut retourner en France, acheter des terres et passer nos jours ensemble... Que de voluptés nous attendent ! Elles n'auront plus d'autres lois que nos désirs.
- Il n'en sera pas une que nous ne puissions satisfaire à l'instant. Oh ! cher amour, qu'on est heureux avec de l'argent ! qu'il est imbécile, celui qui n'emploie pas tous les moyens, légitimes ou non, pour s'en procurer. Oh ! Clairwil, on m'arracherait mille vies, plutôt que de m'enlever le goût du vol ; c'est un des plus grands plaisirs de ma vie ; c'est un besoin de mon existence. J'éprouve à voler la même sensation qu'une femme ordinaire ressent quand on la branle. Tous les forfaits chatouillent en moi les houppes nerveuses du temple de la volupté, comme le feraient des doigts ou des vits ; je décharge rien qu'en les complotant... Tiens, vois ce diamant, Charlotte me l'avait offert, il vaut cinquante mille écus, je l'ai refusé : offert, il me déplaisait ; volé, il fait mes délices.
- Tu le lui as pris ?
- Oui. Je ne m'étonne plus qu'il y ait des hommes qui se soient livrés à cette passion pour la seule volupté qu'elle procure ; j'y passerais ma vie, et je te réponds que j'aurais deux millions de rente, que l'on me verrait toujours voler par libertinage.
- Ah ! mon amour, me dit Clairwil, comme il est certain que la nature nous a créées l'une pour l'autre !... Va, nous serons inséparables.
Nous dînâmes avec Borghèse ; tout s'arrangea de concert pour la promenade qui devait se faire au Vésuve le lendemain. Nous fûmes le soir à l'Opéra ; le roi vint nous visiter dans notre loge, ce qui fit jeter tous les yeux sur nous. De retour au logis, nous proposâmes à Borghèse de passer une partie de la nuit à manger des rôties au vin de Chypre, et à nous branler ; elle y consentit ; et nous portâmes, Clairwil et moi, la fausseté, au point de faire décharger sept ou huit fois cette femme condamnée par notre scélératesse, et de décharger nous-mêmes presque autant de fois dans ses bras. Nous la laissâmes se coucher ensuite, pour aller passer, mon amie et moi, le reste de la nuit ensemble ; et nous perdîmes encore chacune trois ou quatre fois du foutre, sur l'idée délicieuse de trahir le lendemain, tous les sentiments de la confiance et de l'amitié. Il faut des têtes comme les nôtres pour concevoir de tels écarts, je le sais ; mais malheur à qui ne les connaît pas ! il est privé de grands plaisirs ; j'ose assurer qu'il n'entend rien à la volupté.
Nous nous levâmes de bon matin. On ne dort pas quand on projette un crime ; sa seule idée embrase tous les sens ; on le manie sous toutes ses formes, on le savoure dans toutes ses branches, et l'on jouit mille fois d'avance du plaisir dont on sait bien qu'on pétillera, dès qu'il sera commis.
Une calèche à six chevaux nous conduisit au pied du volcan. Là, nous trouvâmes des guides dont l'usage est de vous attacher à des bretelles sur lesquelles on se soutient pour gravir la montagne ; on est deux heures à parvenir au sommet. Les souliers neufs que vous apportez pour cette course sont brûlés quand elle est finie. Nous montâmes gaiement ; nous persiflions Olympe ; et il s'en fallait bien que la malheureuse comprît le double sens, aussi traître qu'entortillé, des sarcasmes que nous lui lâchions.
C'est une affreuse corvée que le voyage de cette montagne : toujours dans la cendre jusqu'au cou, si l'on avance quatre pas, on en recule six, et perpétuellement dans la crainte que quelque lave ne vous engloutisse tout vivant. Nous arrivâmes excédées, et nous nous reposâmes dès que nous fûmes à l'embouchure. Ce fut de là que nous considérâmes, avec un intérêt prodigieux, l'orifice tranquille de ce volcan qui, dans ses moments de fureur, fait trembler le royaume de Naples.
- Croyez-vous, dîmes-nous à nos guides, qu'il y ait quelque chose à craindre aujourd'hui ?
- Non, répondirent-ils ; quelques morceaux de bitume, de soufre ou de pierre ponce pourront peut-être s'élancer ; mais il est vraisemblable qu'il n'y aura point d'éruption.
- Eh bien, mes amis, dit Clairwil, donnez-nous le panier qui contient nos rafraîchissements, et redescendez au village. Nous allons passer ici la journée : nous voulons dessiner, lever des plans.
- Mais s'il arrivait quelque chose ?
- Ne dites-vous pas qu'il n'arrivera rien ?
- Nous ne pouvons l'affirmer.
- Eh bien ! quand il arriverait quelque chose, nous voyons le village où vous nous avez prises, nous y descendrons à merveille...
Et trois ou quatre onces, que nous leur glissâmes dans la main, les déterminèrent bientôt à nous laisser.
A peine furent-ils à quatre cents pas, que, nous fixant Clairwil et moi :
- Userons-nous de ruse ? dis-je bas à mon amie.
- Non, me dit-elle, de force...
Et nous élançant aussitôt toutes deux sur Olympe :
- Garce ! lui dîmes-nous, nous sommes lasses de toi ; nous ne t'avons fait venir ici que pour te perdre... Nous allons te précipiter toute vive dans les entrailles de ce volcan.
- Oh ! mes amies, qu'ai-je donc fait ?
- Rien. Tu nous lasses, n'en est-ce point assez ?...
Et lui enfonçant, en disant cela, un mouchoir dans la bouche, nous interceptâmes sur-le-champ ses cris et ses jérémiades. Alors Clairwil lui attacha les mains avec des cordons de soie qu'elle avait apportés à ce dessein ; j'en fis autant de ses deux pieds ; et quand elle fut hors de défense, nous nous amusâmes à la contempler ; des larmes, s'échappant de ses beaux yeux, venaient retomber en perles sur sa belle gorge. Nous la déshabillâmes, nous la maniâmes et la vexâmes sur toutes les parties de son corps ; nous molestâmes sa belle gorge, nous fustigeâmes son charmant cul, nous lui piquâmes les fesses, nous épilâmes sa motte ; je lui mordis le clitoris jusqu'au sang.
Enfin, après deux heures d'horribles vexations, nous l'enlevons par ses liens, et la précipitons au milieu du volcan, dans lequel nous distinguâmes, plus de six minutes, le bruit de son corps heurter et se précipiter par saccades sur les angles aigus qui le rejetaient de l'un à l'autre, en la déchirant en détail. Peu à peu le bruit diminua... nous finîmes par ne plus rien entendre.
- C'en est fait, dit Clairwil qui n'avait cessé de se branler depuis qu'elle avait lâché le corps. Oh ! foutre, mon amour, déchargeons maintenant toutes deux, étendues sur le bourrelet même du volcan ! Nous venons d'y commettre un crime, une de ces actions délicieuses que les hommes s'avisent d'appeler atroces : eh bien ! s'il est vrai que cette action outrage la nature, qu'elle se venge, elle le peut ; qu'une éruption se fasse à l'instant sous nous, qu'une lave s'ouvre et nous engloutisse...
Je n'étais plus en état de répondre ; déjà dans l'ivresse moi-même, je rendais au centuple, à mon amie, les pollutions dont elle m'accablait. Nous ne parlions plus. Étroitement serrées dans les bras l'une de l'autre, nous branlant comme deux tribades, il semblait que nous voulions changer d'âme par le moyen de nos soupirs embrasés. Quelques mots de lubricité, quelques blasphèmes étaient les seules paroles qui nous échappaient. Nous insultions la nature, nous la bravions, nous la défiions : et, triomphantes de l'impunité dans laquelle sa faiblesse et son insouciance nous laissaient, nous n'avions l'air de profiter de son indulgence que pour l'irriter plus grièvement.
- Eh bien ! me dit Clairwil, qui revint la première de notre mutuel égarement, tu vois, Juliette, si la nature s'irrite des prétendus crimes de l'homme : elle pouvait nous engloutir, nous fussions mortes toutes deux dans le sein de la volupté... L'a-t-elle fait ? Ah ! sois tranquille, il n'est aucun crime dans le monde qui soit capable d'attirer la colère de la nature sur nous : tous les crimes la servent, tous lui sont utiles, et quand elle nous les inspire, ne doute pas qu'elle n'en ait besoin.
Clairwil n'avait pas fini, qu'une nuée de pierres s'élance du volcan et retombe en pluie autour de nous.
- Ah ! ah ! dis-je sans seulement daigner me lever. Olympe se venge ! Ces morceaux de soufre et de bitume sont les adieux qu'elle nous fait, elle nous avertit qu'elle est déjà dans les entrailles de la terre.
- Rien que de simple à ce phénomène, me répondit Clairwil. Chaque fois qu'un corps pesant tombe au sein du volcan, en agitant les matières qui bouillonnent sans cesse au fond de sa matrice, il détermine une légère éruption.
- Que rien ne nous dérange, déjeunons, Clairwil, et crois que tu te trompes sur la cause de la pluie de pierres qui vient de nous inonder : elle n'est autre que la demande que nous fait Olympe de ses habits ; il faut les lui rendre.
Et après en avoir retiré l'or et les bijoux, nous fîmes un paquet du total, que nous jetâmes dans le même trou qui venait de recevoir notre malheureuse amie. Nous déjeunâmes ensuite. Aucun bruit ne se fit entendre ; le crime était consommé, la nature était satisfaite. Nous descendîmes, et retrouvâmes nos gens au bas de la montagne.
- Un malheur affreux vient de nous arriver, dîmes-nous en les abordant, les larmes aux yeux... notre compagne infortunée... en s'avançant trop près du bord... hélas ! elle a disparu... Oh ! braves gens, y aurait-il du remède ?
- Aucun, répondirent-ils à la fois ; il fallait nous laisser avec vous, cela ne vous serait pas arrivé ; elle est perdue, vous ne la reverrez jamais.
Nos feintes larmes redoublèrent à cette cruelle annonce, et remontant dans notre calèche, en trois quarts d'heure nous sommes à Naples.
Dès le même jour, nous publiâmes notre malheur ; Ferdinand vint lui-même nous en consoler, nous croyant vraiment surs et amies ; quelque dépravé qu'il fût, jamais l'idée du crime que nous venions de commettre ne se présenta même à son imagination, et les choses en restèrent là. Nous renvoyâmes bientôt à Rome, les gens de la princesse de Borghèse, avec les certificats de son accident, et nous fîmes dire à sa famille qu'on eût à nous indiquer l'emploi à faire de ses bijoux et de son or, s'élevant, écrivîmes-nous, à trente mille francs, tandis que, dans le fait, elle en laissait pour plus de cent mille, dont vous sentez bien que nous nous étions emparées ; mais nous n'étions plus à Naples quand la réponse de la famille y vint, et nous jouîmes en paix de la spoliation faite à notre amie.
Olympe, princesse de Borghèse, était une femme douce, aimante, emportée dans le plaisir, libertine par tempérament, pleine d'imagination, mais n'ayant jamais approfondi ses principes ; timide, tenant encore à ses préjugés, susceptible d'être convertie au premier malheur qui lui serait arrivé, et qui, par cette seule faiblesse, n'était pas digne de deux femmes aussi corrompues que nous.
Un événement plus important nous attendait : le lendemain était le jour pris avec Charlotte pour l'enlèvement des trésors de son mari. Le reste de la soirée fut employé, par Clairwil et moi, à préparer une douzaine de grandes malles, à faire creuser, avec beaucoup de secret, un vaste trou dans notre jardin. Il avait été fait par un homme à qui nous brûlâmes la cervelle, et que nous enterrâmes le premier dans cette fosse mystérieuse : N'aie point de complices, dit Machiavel, ou défais-t-en, dès qu'ils t'ont servi.
Enfin arriva le moment de faire trouver le chariot garni de malles, sous les fenêtres indiquées. Clairwil et moi, vêtues en hommes, conduisîmes nous-mêmes la voiture, et nos gens, dans le secret d'une partie de campagne, ne cherchèrent pas à en découvrir davantage. Charlotte fut exacte ; la coquine désirait avec trop d'ardeur le poison promis, si elle réussissait, pour être coupable de quelque négligence. Pendant quatre heures entières, elle nous descendit des sacs que nous chargions aussitôt dans les malles ; enfin elle nous avertit que tout était descendu.
- A demain, répondîmes-nous.
Et nous regagnâmes en hâte notre logis, assez heureuses pour n'avoir pas rencontré une âme pendant tout le temps qu'avait duré cette expédition. Dès que nous fûmes au logis, un second homme nous aida à enfouir les malles... et y fut enfoui lui-même dès qu'il ne nous devint plus nécessaire. Inquiètes, fatiguées, soucieuses d'être si riches, nous nous couchâmes cette fois-ci sans songer aux plaisirs. Dès la lendemain, les bruits du vol fait au roi se répandirent dans la ville ; nous profitâmes de ce moment favorable pour lui faire tenir le billet de la reine, avec tout le mystère imaginable. A peine l'a-t-il lu que, se livrant au plus affreux accès de colère, il vient lui-même arrêter sa femme, la confie au capitaine de sa garde, avec l'ordre exprès de la conduire au fort Saint-Elme, où il la condamne en secret à l'habillement le plus grossier et à la nourriture la plus simple. Il est huit jours sans la voir. Elle le fait presser de venir. Il paraît. La scélérate avoue tout, et nous compromet de la plus affreuse manière. Ferdinand accourt, furieux, à notre hôtel, et comme cette conversation est intéressante, je vais la rendre en dialogue.
FERD. - Vous êtes coupables d'une horreur ; dois-je la soupçonner dans celles que j'ai crues mes amies ?
CLAIR. - De quoi s'agit-il ?
FERD. - La reine vous accuse d'avoir dérobé mes trésors.
JUL. - Nous ?
FERD. - Vous.
CLAIR. - Quelle vraisemblance !
FERD. - Elle est convenue d'avoir un moment comploté contre mes jours, et elle assure que vous lui avez promis le poison nécessaire pour me les ravir, si elle pouvait payer ce don, de mes trésors.
CLAIR. - Avez-vous trouvé chez elle le poison qu'elle dit avoir payé si cher ?
FERD. - Non.
JUL. - Comment se peut-il, en ce cas, qu'elle ait consenti à livrer les sommes avant que d'avoir le poison promis ?
FERD. - C'est ce que j'ai pensé.
CLAIR. - Sire, votre femme est une coquine, mais une coquine bien maladroite ; nous sachant liées avec vous, elle a cru déguiser son infamie, en faisant porter sur nos têtes toute l'horreur de son exécrable projet ; mais la trame est trop mal ourdie.
FERD. - Qui peut m'avoir enfin envoyé ce billet ?
JUL. - Assurément ceux qui ont vos trésors : mais soyez persuadé qu'ils sont loin ; ceux qui vous ont envoyé ce billet étaient à couvert, quand ils vous ont instruit, et c'est pour les sauver que la reine nous nomme.
FERD. - Mais quel intérêt Charlotte a-t-elle de sauver maintenant ceux qui la trahissent ?
CLAIR. - Elle a le poison, elle ne veut pas que vous sachiez qu'elle l'a ; elle fait, en conséquence, tomber le soupçon sur ceux à qui il devient impossible d'affirmer qu'elle l'a ; mais elle le tient, il est certain qu'elle le possède, et que vous périssiez sans la précaution que vous avez prise.
FERD. - Vous trouvez donc que j'ai bien fait ?
JUL. - Il était difficile de faire mieux.
FERD. - La croyez-vous coupable ?... (Et Clairwil se mit à sourire avec malignité.) Ce mouvement de physionomie m'éclaire, dit Ferdinand, furieux, achevez de porter le poignard dans mon cur... Saviez-vous quelque chose ?
CLAIR. - Votre femme est un monstre, vous dis-je, elle vous détestait, et ce qui vous reste de mieux à faire, est de la livrer promptement à toute la rigueur des lois.
FERD. - Oh ! mes amies, réellement, vous n'avez aucune connaissance de celui qui a dérobé mes trésors ?
JUL. ET CLAIR. - Nous le jurons.
FERD. - Eh bien ! qu'elle périsse dans sa prison... qu'elle y meure de faim et de misère... Et vous, mes amies, pardonnez mes soupçons, je vous demande excuse de les avoir conçus ; je conçois toute leur injustice.
JUL. - Sire, il nous suffit que vous les ayez eus pour que nous vous demandions la permission de quitter à l'instant vos États.
FERD. - Non, non, je vous en conjure ; à présent que je suis débarrassé de cette vilaine femme... je suis beaucoup plus tranquille, et nous ferons encore des choses délicieuses.
JUL. - Votre repos n'établit pas le nôtre. D'honnêtes femmes ne se consolent jamais d'avoir eu leur honneur compromis.
- Ah ! je ne vous soupçonne ni l'une ni l'autre, dit le roi en se précipitant à nos, genoux, mais ne m'abandonnez jamais ; vous devenez nécessaires à mon existence, je ne me consolerais pas de vous perdre.
CLAIR. - Et quelle est la somme que l'on t'a ravie ?
FERD. - Quarante millions ; c'est la moitié de ce que j'avais ; la scélérate a convenu qu'elle avait promis le tout, qu'elle n'avait pas osé tout donner.
CLAIR. - L'infâme créature, dis-je (mais, animée d'un bien autre sentiment que celui que pouvait me prêter le roi, la rage seule de n'avoir pas tout eu, me faisait invectiver Charlotte), monstre ! que d'audace, et que d'impudence ! tromper ainsi le meilleur des époux ! un homme qui lui était si attaché, qui sacrifiait tout à ses plaisirs ! Oh ! jamais tant d'ingratitude ne se manifesta sur la terre ! et le plus cruel des supplice ne pourrait encore la punir.
En ce moment Élise et Raimonde, parées comme des déesses, vinrent servir le chocolat au prince. Ferdinand ne les avait pas encore vues.
- Quelles sont ces belles femmes ? demanda-t-il dans le plus grand trouble.
- Nos demoiselles de compagnie, répondis-je.
- Pourquoi ne les ai-je pas connues ?
- Pouvions-nous soupçonner qu'elles pussent vous plaire ?...
Et le paillard, oubliant aussitôt et sa prisonnière et son vol, veut que ces deux filles lui soient à l'instant livrées. De tels désirs devenaient des ordres pour nous dans la circonstance où nous étions. Un boudoir s'ouvre à Ferdinand ; il s'y enferme avec nos femmes, et n'en revient qu'au bout de deux heures, après les avoir excédées.
- Mes bonnes amies, nous dit-il en sortant, ne m'abandonnez pas, je vous en conjure ; que tout reproche soit oublié, et je vous proteste de ne plus voir en vous que l'innocence et la probité...
Et il disparut.
Avec une autre tête que celle du faible souverain de Naples, Charlotte était empoisonnée sur-le-champ. Certes, nous lui en avions assez dit pour le déterminer à cette action : mais cet homme, sans force et sans caractère, était-il capable d'une action de vigueur ? Aussi ne fit-il rien. Toute l'Europe a su, sans en connaître les motifs, et cette détention et sa brièveté. Pour nous, bien décidées à ne pas attendre le dénouement de cette aventure, nous fîmes sur-le-champ nos préparatifs de départ. Les quarante millions nous embarrassaient. Comme nous avions acheté beaucoup de bustes, de mosaïques, de marbres antiques et de pierres du Vésuve, nous plaçâmes notre or dans de doubles fonds pratiqués aux caisses de ces emballages, et ce stratagème réussit à merveille. Avant que de les fermer, nous envoyâmes supplier le roi de les faire visiter ; il ne le voulut jamais. Nous les cachetâmes ; dix chariots les emportèrent, et nous les suivîmes dans deux carrosses, l'un pour nos gens, l'autre pour nous. Un moment avant de partir, nous fûmes prendre congé de Ferdinand, qui fit encore tout son possible pour nous retenir, et qui nous donna, de sa main même, le passeport nécessaire à quitter ses États.
Le soir, nous couchâmes à Capoue ; huit jours après, à Rome, où nous arrivâmes sans le moindre accident. Ce fut là seulement que Clairwil instruisit son frère du projet qu'elle avait de me suivre à Paris, où elle désirait terminer ses jours ; elle l'engageait à prendre le même parti : mais Brisa-Testa ne voulut jamais quitter sa profession, et quelles fussent les richesses qu'il y eût acquises, il nous protesta qu'il était décidé maintenant à mourir les armes à la main.
- Eh bien ! me dit Clairwil, c'en est fait, je te donne la préférence sur lui, et je ne veux plus que nous nous séparions.
J'embrassai mille fois mon amie, et lui jurai qu'elle n'aurait jamais à se repentir de cette résolution. Que je connaissais mal la fatalité de son étoile et de la mienne, en lui faisant cette promesse !
Nous continuâmes notre route, sans qu'il nous arrivât rien d'intéressant jusqu'à Ancône, où, profitant du plus beau temps du monde, nous nous promenions sur le port, lorsque nous remarquâmes une grande femme d'environ quarante-cinq ans, qui nous examinait avec la plus scrupuleuse attention.
- Reconnais-tu cette femme ? me dit Clairwil...
Je me retourne... J'observe.
- Ah ! dis-je, pleine d'étonnement, cette créature est notre sorcière de Paris... c'est la Durand.
Et à peine eus-je fini, que l'individu dont nous parlions se jette avec transport dans nos bras...
- Ah ! ah ! dit Clairwil, un peu émue de revoir au bout de cinq ans une femme qui lui avait prédit qu'elle n'avait plus que ce terme à vivre, quel est donc le hasard qui nous réunit en cette ville ?
- Venez chez moi, nous dit la Durand, toujours belle ; quoique ces gens-ci n'entendent pas notre langue, il est inutile nous exposer devant eux.
Nous la suivîmes ; et après nous avoir reçues dans le plus bel appartement de l'hôtellerie qu'elle occupait :
- Que je suis aise, nous dit-elle, dès que nous fûmes assises, de pouvoir vous procurer dans fort peu de temps la connaissance de la femme la plus singulière, la plus dans votre genre qu'ait encore créée la nature.
- Qui donc ? dit Clairwil.
- C'est une sur cadette de l'impératrice, une tante de la reine de Naples, ignorée de l'univers entier. La princesse Christine annonça, dès sa plus tendre enfance, un penchant si violent au libertinage, que son père sentit l'impossibilité de l'établir. Voyant que ses mauvais penchants croissaient avec l'âge, il prit le parti de lui acheter une île en Dalmatie, sur les bords du golfe de Venise, et lui assigna trois millions de revenu, la mit sous la protection des Vénitiens qui lui accordèrent le titre de souveraine de son île, et la permission d'y faire tout ce qu'elle voudrait. Christine, reléguée là depuis seize ans, en a maintenant quarante, et y jouit de tous les plaisirs que la plus extrême lubricité peut faire naître. Je ne vous en dirai pas davantage, voulant vous laisser tous les plaisirs de la surprise. Nous traverserons le golfe dans une felouque à elle, dont je puis disposer quand je veux ; c'est un voyage de vingt-quatre heures. Décidez-vous.
- Assurément, nous le sommes, répondis-je ; je suis bien sûre que Clairwil ne me désavouera pas : notre voyage ayant pour but d'étudier les murs et de voir des choses extraordinaires, l'objet sera manqué si, pouvant observer ce que tu nous proposes, nous nous y refusions par tiédeur.
- Oh ! sacredieu, dit mon amie, comme nous allons foutre dans l'île de Christine !
- Jamais, dit Durand, jamais vous n'aurez eu tant de plaisir.
- Quoi ! dis-je, elle a donc là... ?
- Eh ! non, non, je ne veux rien dire, répondit la Durand, il faut que vous en ayez toute la surprise.
Et nous changeâmes de propos, pour ne pas déplaire à une femme qui paraissait ne vouloir pas s'ouvrir davantage.
- Oh ! parbleu, dis-je à la Durand, puisque je te retrouve, il faut absolument que tu m'apprennes le motif qui te fit disparaître aussitôt de Paris. Pourquoi ne te trouvas-tu point au rendez-vous que tu avais indiqué au comte de Belmor, avec lequel je t'avais fait faire connaissance ?
- Certes, répondit la Durand, la raison qui m'empêcha de m'y trouver ne pouvait être meilleure : on me pendait ce jour-là.
- Es-tu folle ?
- On me pendait, vous dis-je ; le fait est simple, deux mots vont vous l'expliquer. J'avais fourni du poison au jeune duc de *** pour trancher les jours de sa mère. Des remords vinrent troubler les projets de cet imbécile ; il me trahit ; je fus arrêtée, mon procès fait dans vingt-quatre heures. Mais, singulièrement liée avec Samson, j'obtins de lui de n'être pendue que pour la forme. Des éclaircissements, des aveux me valurent des délais. Je ne descendis de l'Hôtel de Ville qu'aux lumières ; Samson fit un nud coulant et m'escamota. Portée au cimetière, un de ses valets m'acheta, par ses ordres, et je quittai Paris dès la nuit même. J'y revins l'année d'ensuite, sous un autre nom et dans un autre quartier, sans être chicanée par personne ; mes affaires n'ont pas été mal depuis. On a bien raison de dire que la corde de pendu porte bonheur. J'ai soixante mille livres de rente, mes fonds croissent chaque année. Tous les ans, je fais voyage en Italie ; j'y fais préparer les poisons que je distribue ensuite dans toute l'Europe : j'aime mieux cela que de les composer chez moi. En vérité, la mode de ces meurtres est telle aujourd'hui, que je puis à peine suffire. Ce sera chez Christine où vous verrez des effets bien piquants des venins que je compose !
- Tu lui en vends ?
- Ah ? bon Dieu ! pour cent mille écus tous les ans.
- Elle est donc cruelle ?
- C'est une Zingha.
- Ah ! je l'adore d'avance, dit Clairwil ; allons, Durand, partons quand tu voudras.
- Femme charmante, dis-je ici, voulant absolument satisfaire ma curiosité, j'exige enfin de toi de nous dévoiler, à présent, quels étaient les personnages singuliers par qui tu nous fis battre, flageller, qui firent, en un mot, devant nous tant de choses extraordinaires chez toi...
- L'un, nous dit la Durand, est le célèbre duc de ***, l'autre, Beaujon, ce millionnaire si connu. Depuis quatre ans, tous deux me paient énormément pour de pareilles expéditions. On n'a pas idée de ce que j'ai trompé de femmes et de filles de la même manière, pour eux. Mais, à propos, dit Durand en donnant des ordres, croyez-vous donc que je vais vous laisser sortir de chez moi sans dîner ? Un refus de votre part me mettrait au désespoir ; j'espère que vous ne me le ferez point...
Et le plus splendide repas fut aussitôt servi.
- Durand, dit Clairwil, au dessert, tu nous promets de grands plaisirs pour demain, mais tu ne nous parles pas de ceux d'aujourd'hui ; j'ai cependant vu là, parmi tes valets, trois ou quatre gaillards qui m'ont l'air de bander fort dur.
- En veux-tu tâter !
- Pourquoi pas ? Et toi, Juliette ?
- Non, dis-je préoccupée d'une idée plus forte que moi, et dont je n'étais pas la maîtresse, non, j'aime mieux boire des liqueurs et causer avec Durand, que de foutre. J'ai mes règles, d'ailleurs, et ne me sens nullement en train.
- Voilà la première fois que tu refuses des vits, dit Clairwil avec une sorte d'inquiétude dont j'étais loin de pénétrer la cause... Allons, viens mon ange, poursuivit Clairwil, quand on ne veut pas foutre par-devant, on fout par-derrière ; viens donc, tu sais que je ne goûte jamais de vrais plaisirs sans toi.
- Non, dis-je toujours entraînée par cette sorte de pressentiment qui me maîtrisait ; non, te dis-je, je ne bande point du tout, et je veux jaser...
Clairwil entre dans le cabinet qui lui était destiné, et je vis distinctement, dans une glace, un signe énergique qu'elle fit à la sorcière, et qui me parut ne pouvoir être autre chose qu'une forte recommandation de silence. Les portes se ferment ; je reste avec Durand.
- Oh ! Juliette, me dit cette femme dès que je fus seule avec elle, rends grâces à ton étoile des sentiments que tu m'inspires. Charmante fille, poursuit-elle en m'embrassant, non, tu ne seras pas la victime d'un monstre... Préférable à lui sous tous les rapports, je sauverai tes jours en te prévenant de tout.
- De quoi s'agit-il donc ? madame, vous me glacez d'effroi !
- Écoute-moi, Juliette, et surtout ne révèle rien. Cette île, en Dalmatie... cette princesse Christine... ce voyage... Chère fille, tu étais perdue... tout cela n'était que des pièges tendus par une femme que tu croyais ton amie.
- Quoi ! Clairwil ?
- Elle avait comploté ta mort. Elle est jalouse de tes richesses ; elle a dans sa poche un écrit, où vous vous êtes mutuellement promis d'hériter l'une de l'autre ; elle t'assassinerait pour avoir ton bien.
- Oh ! L'infernale créature ! m'écriai-je en furie.
- Calme-toi, Juliette, calme-toi ; un mot peut te perdre encore ; achève de m'écouter. La felouque où nous nous embarquions faisait naufrage ; nous nous sauvions, tu périssais... Venge-toi ; prends ce paquet, il contient la poudre fulminante ; c'est le plus prompt des venins que nous employons. A peine en aura-t-elle pris, qu'elle tombera à tes pieds comme frappée de la foudre. Je ne te demande rien pour le service que je te rends ; ne le regarde jamais que comme le fruit de mon excessive tendresse pour toi...
- Ô ma bienfaitrice ! m'écriai-je en larmes, de quel affreux danger tu me préserves !... Mais achève de m'expliquer tout ce mystère... Comment es-tu dans Ancône ?... Comment Clairwil t'a-t-elle vue ?
- Je vous suis depuis Naples, où j'étais pour mes poisons : Clairwil, qui m'y rencontra, me prescrivit tout ceci. Je vous ai laissées à Lorette, et suis venue dans cette ville pour y disposer une scène où je ne me prêtai qu'avec le plus ferme désir de te sauver la vie. Si j'eusse refusé à Clairwil, elle employait d'autres moyens, et tu périssais infailliblement.
- Mais, dès que Clairwil voulait se défaire de moi, quel besoin d'attendre si longtemps ?
- Vos écrits n'étaient pas faits, vos sommes n'étaient point placées, il fallait être sorti de Rome, et elle savait qu'en quittant cette ville, vous ne séjourneriez qu'à Lorette. Ce fut pour la journée d'ensuite qu'elle m'ordonna de tout disposer.
- Indigne créature ! m'écriai-je, toi que j'aimais avec tant de sincérité, dans les bras de qui je me livrais avec tant de candeur et de bonne foi !
- C'est un monstre de fausseté et de perfidie : il n'est aucune espèce d'occasion où l'on puisse compter sur elle ; et l'instant où l'on s'imagine avoir le moins à en craindre, est celui où il faut s'en méfier avec le plus de soin... J'entends du bruit, peut-être va-t-elle rentrer ; elle redoute notre entretien ; compose-toi, et ne la manque pas ; adieu.
Effectivement, Clairwil rentra très agitée ; elle avait mal foutu, disait-elle, les deux hommes qu'on lui avait donnés bandaient mal : elle ne s'accoutumait point, d'ailleurs, à goûter des plaisirs que ne partageait point sa chère Juliette.
- Je déchargerais mieux avec toi, me dit-elle, si tu voulais que nous nous branlassions.
- Ce sera pour cette nuit, répondis-je, en déguisant mon cruel état du mieux qu'il m'était possible ; mais d'honneur, à présent, ma chère, je ne banderais pas pour Adonis.
- Eh bien ! dit Clairwil, retournons au logis ; aussi bien, je me sens accablée ; je ne serai pas fâchée de me mettre au lit de bonne heure. Adieu, Durand, poursuivit-elle, à demain. Tâche, surtout, que nous ayons dans la felouque des musiciens, des vivres et de bons fouteurs ; je ne connais point d'autre façon de me désennuyer sur mer.
Nous rentrâmes.
- C'est une singulière femme que cette Durand, me dit Clairwil, dès que nous fûmes seules ; elle est bien dangereuse, ma chère : à quelle épreuve elle a mise mon amitié pour toi ! Croiras-tu que, dans l'instant où tu nous a quittées quelques minutes pour passer dans une garde-robe, la scélérate m'a proposé de t'empoisonner pour deux mille louis ?
Peu surprise, je ne vis, dans ce propos, qu'un mauvais piège dans lequel il m'était impossible de donner. Je pris assez sur moi, cependant, pour avoir l'air de tout croire.
- Oh ! Dieu ! dis-je, cette femme est un monstre ! Voilà donc la raison qui me l'a fait trouver si fausse, dans le peu de temps que j'ai causé avec elle.
- Sans doute ; elle avait comploté contre tes jours ; ta mort la divertissait.
- Ah ! dis-je, en fixant Clairwil, c'était peut-être pendant notre voyage sur mer, que la coquine exécutait son funeste coup...
- Non, dit Clairwil sans nul embarras... à souper, ce soir, et telle est la raison qui m'a fait t'entraîner si vite...
- Mais ce voyage, dis-je, il m'inquiète, à présent : en réponds-tu bien ?
- Oh ! sur ma tête : j'ai totalement changé ses idées, je te réponds qu'elle n'y pense plus ; soupons.
On nous sert ; j'étais décidée. Dans l'impossibilité absolue d'être la dupe de ce que me disait Clairwil, trop pénétrée de la franchise des aveux de la Durand, je glisse au premier plat que je sers à Clairwil le venin caché dans mes doigts... Elle avale, chancelle, et tombe en poussant un cri furieux.
- Me voilà vengée, dis-je à mes femmes, très étonnées de cette syncope...
Et je leur dévoile aussitôt l'aventure.
- Oh ! foutre, m'écriai-je, savourons les doux charmes de la vengeance, et faisons des horreurs maintenant : branlez-moi toutes deux sur le cadavre de cette putain, et que son exemple vous apprenne à ne jamais trahir votre amie.
Nous dépouillâmes Clairwil, nous l'étendîmes nue sur un lit... Je la branlai ; elle était encore chaude ; armée d'un godemiché, je la foutis ; Élise me faisait baiser son cul ; pendant ce temps-là, je chatouillais le con de Raimonde. Je parlais à cette malheureuse, comme si elle eût encore existé ; je lui adressais des reproches et des invectives, comme si elle eût pu m'entendre ; je pris des verges, je lui donnai le fouet... je l'enculai. Insensible à tout, je vis bien qu'il n'y avait plus d'espoir, je la fis mettre dans un sac. Et ses propres valets, qui la détestaient et qui me surent le meilleur gré du monde de les avoir débarrassés d'une aussi mauvaise maîtresse, se chargèrent, dès qu'il ferait nuit, d'aller secrètement la porter à la mer.
J'écrivis, sur-le-champ, à mon banquier, à Rome, qu'en raison du contrat passé entre Clairwil et moi, au moyen duquel les biens placés ensemble chez lui appartenaient au dernier vivant, il eût à ne plus faire passer qu'à moi le total du revenu. D'où il résultait qu'en réunissant les deux fortunes sur ma tête, je me trouvais plus de deux millions de rente. Rien ne s'arrange comme un meurtre, en Italie : je fis donner deux cents sequins à la justice d'Ancône, il n'y eût seulement pas de procès-verbal.
- Eh bien ! dis-je à Durand, en allant dîner chez elle le lendemain et sans vouloir lui rien expliquer encore, c'est donc ainsi que vous avez voulu me tromper ? Clairwil m'a tout dit : vous deviez m'empoisonner hier soir... Elle seule s'y est opposée.
- L'infernale créature ! répondit la Durand, avec tout l'air de la franchise. Oh ! Juliette, croyez que je vous ai dit la vérité : je vous aime trop pour vous en imposer sur des faits aussi graves. Je suis scélérate autant qu'une autre, peut-être plus qu'une autre, mais quand j'aime une femme, je ne la trompe jamais... Tu n'as donc pas exécuté.
- Non, Clairwil respire ; elle me suit ; nous allons partir. Eh bien ! puisque je t'ai trahie, je me retire donc...
- Oh ! Juliette, que vous payez mal les services que je vous ai rendus...
- Mieux que tu ne penses, Durand, interrompis-je avec vivacité, en lui glissant d'une main un portefeuille où il y avait cent mille écus ; et lui montrant, de l'autre, les cheveux de Clairwil, que j'avais coupés. Tiens, voilà les ornements de la tête que tu as proscrite, et voici la récompense de ta généreuse amitié.
- Garde tout cela, me répondit la Durand. Juliette, je t'adore, je n'ai voulu de prix à tout ce que j'ai fait, que le bonheur de t'adorer sans rivale : j'étais jalouse de Clairwil, je ne le cache pas, mais je l'eusse pourtant épargnée, sans l'horreur dont elle s'est rendue coupable envers toi. Il m'a été impossible de lui pardonner l'attentat formé contre les jours de celle dont je voudrais prolonger la vie aux dépens de la mienne. Je suis beaucoup moins riche que toi, sans doute, mais j'ai de quoi vivre magnifiquement, et puis me passer de l'argent que tu m'offres : mon métier ne m'en laissera jamais manquer ; je ne veux pas être payée d'un service rendu par mon cur.
- Plus de séparation désormais entre nous, dis-je à la Durand ; quitte ton auberge, viens dans la mienne ; tu prendras les gens, les équipages de Clairwil, et nous partirons pour Paris, dans deux ou trois jours.
Tout s'arrangea ; Durand ne conserva qu'une femme de chambre, à laquelle elle était extrêmement attachée ; elle renvoya le reste de sa maison, et vint s'établir chez Clairwil.
Il était facile de voir, à l'air dont cette femme me dévorait des yeux, que ce qu'elle attendait avec le plus d'impatience, était l'instant où, pour prix de ce qu'elle avait fait, mes faveurs lui seraient accordées. Je ne la fis pas languir : après le dîner le plus somptueux et le plus élégant, je lui tends les bras ; elle s'y précipite ; nous volons dans ma chambre ; tout s'y ferme, et je me livre, avec d'inexprimables délices, à la plus libertine et la plus luxurieuse des femmes. Durand, âgée de cinquante ans, n'était pas encore sans mérite ; ses formes étaient belles et bien conservées ; sa bouche fraîche, sa peau douce et peu ridée ; un superbe cul, la gorge encore soutenue, fort blanche, des yeux très vifs, beaucoup de noblesse dans les traits, et des transports dans le plaisir... des goûts d'une bizarrerie... ! Par un caprice de la nature, dont Clairwil et moi nous ne nous étions jamais doutées, Durand n'avait jamais pu jouir des plaisirs ordinaires de la jouissance : elle était barrée, mais (et de cela vous devez vous en souvenir) son clitoris, long comme le doigt, lui inspirait pour les femmes le goût le plus ardent. Elle les foutait, elle les enculait ; elle voyait aussi des garçons : l'extrême largeur du trou de son cul me fit bientôt voir que, quant aux intromissions, elle se dédommageait par celle-là. Je fis les avances, et crus qu'elle mourrait de plaisir, sitôt qu'elle sentit mes mains sur sa chair.
- Déshabillons-nous, me dit-elle, on ne jouit bien que nue. J'ai, d'ailleurs, la plus grande envie de revoir tes charmes, Juliette, je brûle de les dévorer...
Tout est à bas dans une minute. Mes baisers parcourent ce beau corps avec ardeur ; et, peut-être, eussé-je eu bien moins de plaisir, si Durand eût été plus jeune. Mes goûts commençaient à se dépraver, et l'automne de la nature me donnait des sensations bien plus vives que son printemps. Objet unique des caresses de cette femme ardente, j'étais accablée de luxures ; on n'imagine pas à quel point elle portait ses recherches : oh ! comme les femmes criminelles sont voluptueuses ! que leurs lubricités sont savantes !
Prudes, langoureuses et froides, insupportables bégueules, qui n'osez pas seulement toucher le membre qui vous perfore, et qui rougiriez de lâcher un foutre en foutant, venez, venez ici prendre des exemples : c'est à l'école de la Durand où vous vous convaincrez de votre ineptie.
Après les premières caresses, Durand, moins gênée que lorsque Clairwil était, comme autrefois, en tiers avec nous, me déclara ses fantaisies, en me suppliant de m'y soumettre. A genoux devant moi, il fallait qu'en l'accablant d'invectives, je lui frottasse le nez tour à tour, et de mon con et de mon cul ; il fallait, en frottant le devant, que je lui pissasse sur le visage. Cela fait, je devais la couvrir de coups de pied et de coups de poing, m'emparer d'une poignée de verges, et la fustiger jusqu'au sang. Quand, à force de mauvais traitements, je l'aurais étendue par terre, il fallait que, ma tête entre ses cuisses, je la gamahuchasse un quart d'heure, en la socratisant d'une main, et lui branlant les tétons de l'autre ; ensuite, dès qu'elle serait bien en feu, je devais me laisser enculer avec son clitoris, pendant qu'elle chatouillerait le mien.
- Je te demande pardon de tant de choses, Juliette, me dit cette libertine, après m'avoir tout expliqué ; mais si tu savais où nous entraîne la satiété !...
- Après trente-cinq ans d'un libertinage soutenu, on ne doit jamais faire des excuses de ses goûts, répondis-je : tous sont respectables, tous sont dans la nature ; le meilleur de tous est celui qui nous flatte le mieux.
Et me mettant à l'opération, je la satisfis si bien, qu'elle pensa mourir de plaisir. Rien n'égalait les crises voluptueuses de la Durand. De mes jours je n'avais vu de femme décharger ainsi : non seulement elle élançait son foutre comme un homme, mais elle accompagnait cette éjaculation de cris si furieux, de blasphèmes tellement énergiques, et de spasmes si violents, qu'on eût cru qu'elle tombait en épilepsie. Je fus enculée comme si j'eusse eu affaire à un homme, et j'y ressentis le même plaisir.
- Eh bien ! me dit-elle, en se relevant, es-tu contente de moi ?
- Oh ! foutre, m'écriai-je, tu es délicieuse, tu es un vrai modèle de lubricité ! tes passions m'embrasent : rends-moi tout ce que je t'ai fait.
- Quoi ! tu veux être battue ?
- Oui.
- Souffletée, fustigée ?
- Assurément.
- Tu veux que je pisse sur ton visage ?
- Sans doute, et que tu te dépêches ; car je bande et veux décharger.
La Durand, plus accoutumée que moi à ces services, s'y prend avec une telle agilité, elle y emploie une si grande adresse, qu'elle me fait à l'instant partir, sous les titillations voluptueuses de sa langue impudique.
- Comme tu décharges, cher amour ! me dit-elle ; comme tu ressens énergiquement le plaisir ! Ah ! tu ne me le cèdes en rien.
- Il faut que je te l'avoue, Durand, répondis-je, tu m'échauffes étonnamment la tête ; je suis étonnamment glorieuse d'être liée avec une femme comme toi ; maîtresses toutes deux des jours de l'univers entier, il me semble que notre réunion nous rend supérieures à la nature même. Oh ! que de crimes nous allons commettre ! que d'infamies nous allons faire !
- Tu ne regrettes donc plus Clairwil ?
- Le puis-je, quand je te possède ?
- Et si je n'avais inventé toute cette histoire que pour me débarrasser d'une rivale ?
- Oh ! quel excès de scélératesse !
- Si je m'en étais souillée ?
- Mais, Durand, Clairwil m'a dit que tu lui avais offert de m'empoisonner pour deux mille louis.
- Je savais bien qu'elle te le dirait ; je n'ignorais pas non plus que cette confidence de sa part, loin de t'en imposer, ne te paraîtrait qu'un piège maladroit qui, avec la finesse que je te connaissais, ne servirait qu'à te faire hâter le crime que je voulais que tu commisses.
- Et pourquoi choisir ma main pour cela ? Ne pouvais-tu pas t'en charger ?
- Il était bien plus délicieux pour moi de te faire trancher les jours de ma rivale ; pour que ma volupté fût complète, il fallait que ton bras me servît : il l'a fait.
- Juste ciel ! quelle femme tu es !... Mais elle fut inquiète en dînant chez toi l'autre jour, elle goûta mal les plaisirs que tu lui destinais : on eût dit qu'elle se méfiait de notre tête-à-tête... elle te fit un signe...
- J'avais préparé cette inquiétude, parce que j'en pressentais les résultats sur toi ; tu vois bien que j'ai réussi, et que son air troublé la rendit bientôt plus coupable à tes yeux. En lui disant que je t'empoisonnerais pour deux mille louis, elle dut craindre que je ne t'en proposasse autant contre elle. Voilà le signal expliqué, voilà d'où vient qu'elle trembla du tête-à-tête, et ce frémissement, fruit de mes soins, produisit sur ton esprit l'effet entier que j'en attendais : deux heures après, le coup fut exécuté.
- Quoi ! d'honneur, Clairwil était innocente ?
- Elle t'adorait... Je t'adorais aussi et ne pouvais souffrir de rivale...
- Tu triomphes, scélérate, dis-je à la Durand en me précipitant sur son sein, oui, tu triomphes complètement, et je t'idolâtre au point que si ce crime était à refaire, je le ferais sans qu'il fût besoin du motif dont tu l'étayes... Et pourquoi ne m'avoir pas déclaré ton amour à Paris ?
- Je ne l'osai devant Clairwil, et, quand tu revins me voir sans elle, l'homme que tu me conduisais me gêna ; la seconde fois je n'y étais plus. Mais je ne t'ai jamais perdue de vue, ma chère et tendre amie. Je t'ai suivie à Angers, en Italie, tout en faisant mon commerce ; je t'avais toujours sous les yeux. Mon espoir disparut, en voyant tes différentes liaisons avec les Donis, les Grillo, les Borghèse, et je me désespérai bien plus encore, quand je sus que tu avais retrouvé Clairwil... Enfin je t'ai suivie de Rome ici, et lasse d'être si longtemps contrariée, j'ai voulu dénouer l'aventure : tu vois comme j'ai réussi.
- Inexplicable et délicieuse créature ! on ne porta jamais plus loin la fausseté, l'intrigue, la méchanceté, la scélératesse et la jalousie !
- C'est que personne n'eut jamais ni mes passions ni mon cur ! c'est que personne n'aima jamais comme je t'aime.
- Mais quand tes feux seront éteints, tu me traiteras sans doute comme tu viens de traiter Clairwil... Aurai-je le temps de me défendre ?
- Je vais te tranquilliser, mon ange, et répondre énergiquement à tes injustes soupçons ; écoute-moi. J'exige que tu conserves à jamais l'une de tes femmes, Élise ou Raimonde ; choisis, je ne te laisserai pas l'autre, je t'en préviens.
- Mon choix est fait, je garde Raimonde.
- Eh bien ! poursuivit Durand, si jamais Raimonde périt d'une manière tragique, et dont tu ne puisses soupçonner la cause, n'en accuse que moi. J'exige maintenant que tu laisses un écrit dans les mains de cette fille, qui l'autorise à me dénoncer comme ton assassin si jamais tu péris toi-même d'une manière malheureuse, pendant notre liaison.
- Non, je ne veux point de ces précautions ; je me livre à toi, je m'y livre avec délices ; j'aime l'idée de mettre ma vie dans tes mains... Laisse-moi Élise, laisse-moi tout le monde, ne gêne pas mes goûts. Je suis libertine, je ne te promettrai jamais d'être sage, mais je te ferai le serment de t'adorer toujours.
- Je n'ai pas envie de te tyranniser ; au contraire, je servirai moi-même tes plaisirs, je ferai tout pour tes jouissances physiques ; mais si le moral y entrait pour quelque chose, je t'abandonnerais à l'instant. Je connais l'impossibilité de captiver une femme comme toi, putain par principe et par tempérament : ce serait, je le sais, vouloir imposer des digues à la mer ; mais tu peux toujours être maîtresse de ton cur, je te le demande... j'exige qu'il ne soit qu'à moi.
- Je te le jure.
- Va, nous goûterons de bien grands plaisirs ; le libertinage n'est bon que quand le sentiment n'y entre pour rien : il faut n'avoir qu'une amie, n'aimer sincèrement qu'elle, et foutre avec tout le monde... Juliette, il faut, si tu veux me croire, renoncer à ce train d'opulence avec lequel tu marches ; je réformerai moi-même la moitié de mon train ; nous n'en ferons pas moins bonne chère, nous n'en aurons pas moins toutes nos aises ; mais il est inutile de s'afficher. D'ailleurs, je veux suivre mon état, et l'on viendrait difficilement acheter à une femme que l'on verrait voyager en reine.
- Et moi aussi, répondis-je, je veux satisfaire mes goûts, je veux voler, je veux me prostituer, et nous nous livrerons difficilement à tout cela, avec tant d'étalage.
- Il faut que je passe pour ta mère : avec ce titre je te prostituerai moi-même. Élise et Raimonde seront tes parentes ; nous trafiquerons également leurs charmes, et sois sûre, qu'à la tête d'un pareil sérail, nous ferons de l'argent en Italie.
- Et tes poisons ?
- Je les vendrai mieux, je les vendrai plus cher. Il faut que nous retournions en France sans dépenser un sol du nôtre, et que nous ayons au moins deux millions de profit.
- Quelle route allons-nous prendre ?
- J'aurais bien envie de retourner vers le Midi. Tu n'as pas d'idées, Juliette, de la dépravation des murs calabraises et siciliennes ; je connais cette partie, nous y ferions des trésors : j'y vendis l'an passé, pour cinq cent mille francs de poisons ; je ne pouvais réussir à les composer. Ils sont crédules comme tous les gens faux ; en leur disant la bonne aventure, je leur persuadais tout ce que je voulais... Ô Juliette ! c'est un bon pays.
- Je voudrais retourner à Paris, dis-je à la Durand, il me tarde d'y être établie : n'y vivrons-nous pas mieux qu'en courant ainsi ? n'y pourrons-nous pas faire les mêmes choses ?
- Il faut au moins voir Venise ; de là, nous gagnerons Milan et Lyon.
- A la bonne heure.
Nous dînâmes. Durand me dit qu'elle voulait faire toute la dépense, qu'elle se payerait sur le gain, mais qu'elle me suppliait de ne pas lui enlever le plaisir d'avoir l'air de m'entretenir : j'y consentis.
Je mettais, je l'avoue, la même délicatesse à recevoir ses soins, qu'elle en mettait à me les rendre. Le crime a donc aussi ses délicatesses : il connaîtrait bien mal les hommes, celui qui ne le croirait pas.
- Est-il vrai, dis-je à ma nouvelle compagne, que tu possèdes le baume de longue vie ?
- Ce baume n'existe point, me dit la Durand, ceux qui le distribuent ne sont que des imposteurs. Le vrai secret, pour prolonger sa vie, est d'être sobre et tempérant ; or, nous sommes trop loin de ces vertus pour espérer les dons du baume. Eh ! qu'importe, ma chère, il vaut mieux vivre un peu moins, et s'amuser ; que serait la vie, sans les plaisirs ? Si la mort était un tourment, je te conseillerais d'allonger ta vie ; mais comme ce qui peut nous arriver de pis est de retomber dans le néant où nous étions avant que de naître, ce doit être sur l'aile des plaisirs qu'il faut parcourir la carrière.
- Oh ! mon amour, tu ne crois donc pas à une autre vie ?
- Je serais bien honteuse d'adopter de pareilles chimères ; mais trop éclairée sur toutes ces choses, je ne crois pas avoir rien à t'apprendre, et j'imagine que, bien pénétrée des premiers principes de la philosophie, et l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu sont, à tes regards, des extravagances sur lesquelles tu ne te donnes pas même la peine de réfléchir. La fausseté de tous ces systèmes démontrée, il en est un que j'élève sur leur ruine, et qui, sans doute, a quelque originalité ; je l'appuie sur une infinité d'expériences. Je soutiens que l'horreur que la nature nous inspire pour la mort n'est le fruit que des craintes absurdes que nous nous formons dès l'enfance sur cet anéantissement total, d'après les idées religieuses dont on a la sottise de nous remplir la tête. Une fois guéris de ces craintes et rassurés sur notre sort, non seulement nous ne devons plus voir la mort avec répugnance, mais il devient facile de démontrer qu'elle n'est réellement plus qu'une volupté. Tu conviendras d'abord qu'on ne peut s'empêcher d'être certain qu'elle ne soit une des nécessités de la nature, qui ne nous a créés que pour cela ; nous ne commençons que pour finir ; chaque instant nous mène à ce dernier terme ; tout prouve que c'est l'unique fin de la nature. Or, je demande comment il est possible de douter, d'après l'expérience acquise, que la mort, en tant que besoin de la nature, ne doive pas devenir, de ce moment-là seul, une volupté, puisque nous avons sous nos yeux la preuve convaincante que tous les besoins de la vie ne sont que des plaisirs. Il y a donc du plaisir à mourir ; il est donc possible de concevoir qu'avec de la réflexion et de la philosophie, on puisse changer en idées très voluptueuses toutes les ridicules frayeurs de la mort, et qu'on puisse même y penser et l'attendre en s'excitant aux plaisirs des sens.
- Ce système, absolument nouveau, et qui n'est pas sans vraisemblance, dis-je à mon amie, serait dangereux à mettre au jour. Que de gens, uniquement contenus par la crainte de la mort, et qui, délivrés de cette frayeur, se livreraient à tout, de sang-froid...
- Mais, dit ma délicieuse amie, je suis bien loin de chercher à éloigner du crime ; je ne travaille au contraire qu'à dégager sa route de toutes les entraves qu'y met la sottise. Le crime est mon élément ; la nature ne m'a fait naître que pour le servir, et je voudrais multiplier à l'infini tous les moyens de le commettre.
- Le métier que je fais, et que j'exerce bien plus par libertinage que par besoin, prouve l'extrême désir que j'ai d'étendre le crime ; je n'ai point de passion plus ardente que celle de le propager dans le monde, et si je pouvais l'envelopper tout entier dans mes pièges, je le pulvériserais sans remords.
- Et quel est le sexe contre lequel ta fureur libertine complote avec le plus de plaisir ?
- Ce n'est pas le sexe qui m'irrite, c'est l'âge, les liens, l'état de la personne. Lorsque ces convenances se trouvent dans un homme, je l'immole avec plus de volupté qu'une femme ; se rencontrent-elles dans une femme, elle obtient aussitôt la préférence.
- Eh ! quelles sont ces convenances ? demandai-je.
- Je ne devrais pas te les dire.
- Pourquoi donc ?
- Tu tireras de ces aveux mille fausses inductions qui gêneront ensuite notre commerce.
-Ah ! je t'entends, je conçois l'un des rapports qui échauffent ta tête : tes faveurs, sûrement, sont des arrêts de mort ?
- Ne l'avais-je pas dit ? Écoute-moi donc, Juliette, et tranquillise-toi. Je ne te déguiserai pas, sans doute, qu'un objet qui ne m'aurait servi que de simple et unique jouissance, sans aucune espèce de relation avec moi, ne fût, par cela seul, proscrit dans mon imagination. Mais si je rencontre, dans cet objet, des similitudes, des convenances, telles que celles que j'ai trouvées en toi, ne doute pas qu'alors, loin de briser les nuds qui m'attachent à un tel objet, je ne les resserre par tous les moyens qui seront en moi. Au nom du plus tendre amour, cesse donc de t'inquiéter, mon ange ; je t'ai offert une façon certaine de te rassurer, ta délicatesse la refuse : ne me laisse donc pas d'imaginer maintenant que ton esprit puisse contrarier ton cur ; ai-je d'ailleurs des moyens que tu ne possèdes toi-même ?
- Assurément, tu en as, répondis-je, et je suis loin de connaître toute la profondeur de ton art.
- J'en conviens, dit mon amie en souriant, mais sois bien assurée que cet art ne sera mis en usage avec toi que pour te contraindre à m'aimer.
- Ah ! j'y compte ; je sais que les scélérats ne se nuisent jamais entre eux ; et sois bien convaincue que sans les affreux soupçons que tu m'avais donnés sur Clairwil, je ne l'aurais pas sacrifiée.
- Il entre des regrets dans ce propos, Juliette ?
- Eh bien ! non, non, dis-je, en baisant mille et mille fois mon amie, finissons même toute sorte d'explication là-dessus. Je te répète que je me livre à toi, tu peux compter sur mon cur comme je fais fond sur le tien ; notre union fait notre force, et rien ne pourra la dissoudre. Achève-moi donc maintenant, je te prie, le détail des convenances qui t'irritent pour la consommation du crime : j'aime à voir si elles se rapportent aux miennes, et jusqu'ici j'y vois de grandes ressemblances.
- Je t'ai dit que l'âge y faisait beaucoup ; j'aime à dessécher la plante quand elle est arrivée à sa plus grande perfection de fraîcheur et de beauté : entre quinze et dix-sept ans, voilà les roses que je moissonne avec plaisir, surtout quand la santé est parfaite, et que la nature, que j'ai l'art de contrarier alors, paraît avoir formé cet objet pour arriver bien plus sain au dernier terme de la vie. Ah ! Juliette, comme je jouis alors ! Les liens m'irritent aussi : je prive avec délices un père de son enfant, un amant de sa maîtresse.
- Une tribade de sa bonne amie ?
- Eh bien ! oui, méchante, tu l'as vu. Est-ce ma faute si la bizarre nature m'a créée coquine à ce point ? Si cet objet m'appartient, mon plaisir redouble. J'ai dit que l'état de la personne contribuait aussi beaucoup à l'embrasement de ma tête : j'aime sur cela les deux extrêmes, la richesse et la qualité, ou l'indigence et l'infortune. Je veux, en général, que le choc produise un ébranlement considérable, que la perte que j'occasionne coûte des pleurs ; je jouis délicieusement en les voyant répandre. Leur abondance ou leur âcreté détermine mon foutre : plus ils coulent, mieux je décharge...
- Oh ! ma tendre et délicieuse amie ! dis-je à moitié pâmée, branle-moi, je t'en conjure ; tu vois le trouble où tu me plonges ; je n'ai jamais connu personne dont les sentiments soient plus conformes aux miens. Clairwil n'était qu'une enfant près de toi ; tu es ce qui convient le mieux à mon bonheur, tu es la femme que je cherchais ; ne m'abandonne plus...
Et Durand, pour profiter de mon extase, m'ayant fait pencher sur un canapé, me branla avec trois doigts, comme je ne l'avais été de mes jours. Je le lui rendis ; je suçai son clitoris ; et quand je vis que le trou de son cul s'ouvrait et se resserrait comme le calice des fleurs aux douces injections de la rosée, je m'armai d'un godemiché, et l'enculai en continuant de la branler. Jamais on ne vit de cul de cette largeur. Mon instrument avait huit pouces de tour sur un pied de long : à peine l'eus-je présenté, qu'il disparut dans un instant. Alors la putain sacra, se trémoussa comme une véritable forcenée ; et je vis bien que, si la nature l'avait privée de connaître les plaisirs du vulgaire, elle l'en avait bien complètement dédommagée en lui accordant pour ceux-ci les plus délicates sensations. Un des grands talents de ma nouvelle amie consistait dans l'art de donner du plaisir en en recevant ; elle était si souple... si agile, que, pendant que je l'enculais, elle s'enlaçait autour de mon corps, et parvenait à me baiser la bouche et à me branler le cul. Abandonnant quelquefois tout pour ne se livrer qu'à ses sensations, alors elle blasphémait avec une énergie que je n'avais connue à personne ; et, sous quelque rapport que l'on considérât cette femme singulière, on voyait qu'enfant du crime, de la luxure et de l'infamie, il n'était pas une seule de ses qualités physiques ou morales qui ne tendît à en faire la plus insigne libertine de son siècle. Durand voulut me rendre tout ce que je lui avais fait. Elle m'encula, et, lubriquement branlée par elle, je soutins au mieux le même godemiché, je déchargeai trois fois sous ses coups ; et, je le répète, je n'avais jamais vu de femmes entendre aussi bien l'art de donner des plaisirs.
Nous nous remîmes à boire, et quand nos têtes furent bien prises :
- Viens, me dit la Durand, allons courir les rues ; allons nous souiller de libertinage. Allons voir les apprêts funèbres d'une jeune fille de quinze ans, belle comme le jour, que je fis mourir hier par le poison, à la sollicitation de son père, qui, après l'avoir bien foutue, a voulu se venger d'une indiscrétion qu'elle venait de commettre.
Nous sortîmes, costumées à la manière des courtisanes du pays ; il faisait nuit.
- Je voudrais avant tout, me dit mon amie, que nous allassions branler quelques vits de matelots sur le port ; il doit y avoir là des monstres ; tu ne saurais croire le plaisir que j'ai d'exprimer le jus de ces saucissons-là...
- Ah ! putain ! dis-je en la baisant, tu es grise.
- Un peu, peut-être ; mais n'imagine pourtant pas que les secours de Bacchus me soient nécessaires pour allumer en moi le flambeau du libertinage. Ce que l'on prête à l'autre est divin, je le sais, et je ne me porte jamais si bien aux excès de la luxure, que quand je suis gorgée de mets délicats et de vins capiteux ; mais je n'en ai pourtant pas un tel besoin, que je ne puisse, sans ce stimulant, franchir toutes les bornes de la décence et de la pudeur : tu vas le voir.
A peine sommes-nous sur le port, qu'une foule de portefaix et de matelots nous abordent.
- Venez, mes amis, dit la Durand, soyez calmes, honnêtes et tranquilles, nous allons vous satisfaire tous. Tenez, voyez cette jolie fille, c'est une Française1 ; elle n'est que d'hier dans le commerce ; vous allez la voir se trousser sur la borne, en offrant à vos goûts le côté qui vous plaira le mieux ; je vous branlerai sur ses charmes...
Quinze se rangeaient autour de nous, en applaudissant à l'ordre établi par Durand. Le premier veut voir ma gorge nue : il allait la flétrir par ses grossiers attouchements, si ma compagne ne lui eût interdit tout geste : il fallut donc se résoudre à ne faire que la couvrir de foutre ; elle en est inondée. Le second veut, qu'assise sur la borne, j'écarte mes cuisses le plus possible, afin qu'on le branle sur mon clitoris. Je ne tiens pas à la grosseur du membre dont la Durand farfouille l'entrée de mon vagin, et me précipitant dessus par un mouvement involontaire, je me l'enfonce jusqu'aux couilles. A peine le drôle se sent-il ainsi pris, qu'il me saisit dans ses bras, m'enlève, retrousse mes jupes, et fait voir mon cul à toute la troupe. Un de ces enragée se jette sur mon derrière, il le tripote, il l'enfile, et me voilà portée par deux crocheteurs, me voilà l'objet des caresses et des hommages de tous deux.
- Attendez, dit la Durand, donnez-lui de quoi se soutenir ! (et elle me place, en disant cela, un membre énorme dans chaque main)... Quel délicieux groupe ! dit la coquine, en présentant son derrière au cinquième. Tiens, mon ami, voilà mon cul, joignons-nous au tableau, formons un de ses épisodes ; je ne puis malheureusement te donner autre chose, la nature ne me l'a pas permis ; mais sois assuré que la chaleur et l'étroit de mon cul te dédommageront amplement de mon con.
D'autres attitudes se succédèrent bientôt. Plus de cinquante de ces malotrus me passèrent par les mains. Au moyen d'une eau dont ma camarade les frottait avant qu'ils ne me pénétrassent, je pus me livrer à tous sans aucune crainte, et je fus foutue quarante-cinq coups en moins de trois heures. Durand ne faisait que les essayer ; elle me les rapportait, et ils terminaient, à leur choix, ou dans mon con ou dans mon cul. La coquine les suça presque tous : c'était une de ses plus grandes voluptés ; et, comme vous le croyez facilement, elle ne se refusait rien de ce qui pouvait échauffer sa tête. Nos bandits satisfaits, il fallut boire avec eux.
- Voilà ce que j'en aime le mieux, me dit Durand tout bas ; tu n'imagines pas à quel point j'aime à faire, en mauvaise compagnie, toutes les actions de la plus vile crapule et de la plus basse débauche.
Nous sortions de table, de manière assurément à n'avoir faim ni l'une ni l'autre. Nous n'en dévorâmes pas moins toutes deux l'énorme repas qu'il plut à ces coquins-là de nous payer, et pour lequel vingt d'entre eux se cotisèrent, à deux sequins chacun, ce qui revenait à près de cinq cents francs. Là, nous bûmes, nous mangeâmes, nous nous laissâmes tripoter, foutre, et nous nous abrutîmes, en un mot, au point qu'étendues toutes deux par terre au milieu du cabaret, nous ne nous livrâmes à ces gredins qu'aux conditions préalables qu'ils nous vomiraient, nous pisseraient et nous chieraient sur le visage, avant que de nous enfiler. Tous le firent, et nous ne nous relevâmes de là qu'inondées d'urine, d'ordures et de foutre.
- Mes enfants, dit ma compagne dès qu'un peu d'ordre eut succédé à ces orgies, il est juste maintenant que nous nous fassions connaître à vous, et qu'en reconnaissance du bon souper que vous nous avez donné, nous vous gratifiions de quelques-unes de nos marchandises. Y a-t-il ici quelqu'un qui veuille satisfaire ses vengeances ou ses haines particulières ? Nous allons lui en servir les moyens. Munies des meilleurs poisons de l'Italie, dites-nous ceux qui vous conviennent et à qui vous les destinez.
Le croirez-vous, mes amis ? (oh ! juste ciel, à quel point est portée maintenant la dépravation humaine !), tous, d'une voix unanime, nous supplièrent de leur faire part de nos funestes dons ; et il n'y en eut pas un seul qui n'eût, selon lui, les meilleures distributions à en faire. Ils en eurent tous ; et cette libidineuse soirée nous rendit peut-être la cause d'une soixantaine de meurtres.
- Allons, me dit la Durand, il n'est pas tard, nous pouvons courir encore. D'ailleurs, il faut que j'aille absolument m'assurer du succès de la mort de ma jolie petite fille de quinze ans...
Nous quittâmes donc nos convives, après les avoir embrassés.
A peine fûmes-nous sur la place de la cathédrale, que nous vîmes passer un enterrement. La coutume étant en Italie de porter les morts à visage découvert, il fut facile à la Durand de reconnaître les traits de la jolie fille dont elle voulait vérifier la mort.
- La voilà... la voilà ! me dit-elle précipitamment, oh ! foutre ! branlons-nous dans un coin, en la voyant passer.
- Non, dis-je, il vaut mieux la devancer à la cathédrale ; nous nous cacherons dans une chapelle, où nous ferons ce que tu dis, en la voyant descendre au tombeau.
- Tu as raison, dit Durand, le moment est meilleur ; pénétrons.
Nous fûmes assez heureuses pour nous placer précisément derrière le confessionnal de la chapelle même où l'on allait descendre cette jeune personne. Nous nous collons contre le mur, et nous voilà à nous chatouiller pendant la cérémonie, en ménageant notre décharge, de façon à ce que, s'écoulant au moment où l'on descendrait le cercueil, elle pût, pour ainsi dire, servir d'eau bénite à la défunte. On ne referme la tombe qu'à demi, et nous vîmes que le fossoyeur, ou avait quelques intentions que nous ne devinâmes pas encore, ou ne voulait peut-être, comme il était tard, ne prendre cette peine que le lendemain.
- Pardieu ! restons ici, me dit la Durand, il me passe dans la tête un caprice incroyable : tu as vu comme cette petite fille est belle ?
- Eh bien ?
- Nous la sortirons du tombeau, tu me branleras sur sa délicieuse figure, sur cette tête charmante que les ombres funèbres, placées sur son front par mes mains, ne peuvent encore flétrir... As-tu peur ?
- Non.
- Eh bien ! s'il en est ainsi, restons.
L'église se ferme, et nous voilà seules.
- Que j'aime ce silence lugubre ! me dit la Durand ; comme il convient au crime, comme il échauffe les passions ! il est l'image du calme des cercueils, et, je te l'ai dit, je bande pour la mort ; agissons.
- Un moment, dis-je, j'entends du bruit...
Et nous regagnons notre coin à la hâte... Oh, ciel ! qu'aperçûmes-nous ? Nous étions devancées dans notre projet, et par qui ? grand Dieu ! quelle exécrable dépravation !... Le père lui-même venait jouir de son abominable forfait, il venait le consommer ; le fossoyeur le devançait, une lampe à la main.
- Remonte-la, lui dit-il, ma douleur est si grande que je veux encore l'embrasser, avant que de m'en séparer pour toujours.
Le cercueil reparaît, le corps en est sorti, puis replacé par le fossoyeur sur les marches de l'autel.
- Va, sors à présent, mon ami, dit l'incestueux et barbare auteur des jours de cette charmante fille, tu troublerais mes larmes ; laisse-moi les répandre à l'aise, tu viendras me reprendre dans deux heures, et je récompenserai ton zèle...
Les portes se referment. Oh ! mes amis, comment vous décrire les horreurs que nous vîmes ? Il le faut cependant : ce sont les égarements du cur humain que je développe, et je n'en dois laisser aucun pli de caché.
Ne se croyant pas encore assez en sûreté dans cette église, le coquin se barricade dans l'intérieur de la chapelle, il allume quatre cierges, les place à la tête et aux pieds de sa fille, puis développe le drap mortuaire, et l'étale nue sous ses yeux. D'indicibles frémissements de plaisir le saisissent alors ; ses muscles renversés, ses soupirs entrecoupés, son vit qu'il met à l'air, tout nous peint l'état de son âme embrasée.
- Sacredieu ! s'écrie-t-il, voilà donc mon ouvrage... et je ne m'en repens point... Va, ce n'est pas ton indiscrétion que j'ai punie, c'est ma scélératesse que j'ai contentée ; ta mort me faisait bander, je t'avais trop foutue, je suis content...
Il s'approche du corps à ces mots ; il manie la gorge, il enfonce des épingles dedans.
- Oh, foutre ! disait-il, elle ne le sent plus... malheureusement, elle ne le sent plus... je me suis trop pressé... Ah, garce ! que de nouveaux tourments je t'imposerais encore, si tu respirais !...
Il lui écarte les cuisses, lui pince les lèvres du con, la pique dans l'intérieur, et, se sentant bander fort dur, le scélérat l'enconne ; il s'allonge sur elle, il lui baise la bouche, il fait ce qu'il peut pour y darder sa langue, mais les convu